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"la mort"

numéro 10
date 01/2012
revue Bateau Fantôme
périodicité annuel
Univers Poésie
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kiosque

Editorial : le dernier voyage

Adam et Eve jouissaient des fruits du Jardin d’Eden. Seul celui de l’arbre de la connaissance leur était interdit par le Seigneur, sous peine de connaître la mort. Un jour parfaitement illuminé comme chaque jour depuis celui de la Création, ils furent tentés par le serpent et mangèrent le fruit défendu. « Leurs yeux à tous les deux s’ouvrirent, et ils surent qu’ils étaient nus. Ils cousirent des feuilles de figuier pour se faire des pagnes. » (Genèse, 3, 7). Ils gagnèrent la vue, organe de la connaissance par excellence, et par là même le savoir de la nature de la différence sexuelle.
Voir, c’est se situer dans le monde et mesurer la distance entre soi et les choses, sous le regard supérieur de Dieu – sous la présence mystérieuse de l’invisible, du monde comme monde –, et se trouver coupé (sexus) de l’unité parfaite initiale : devenir mortel.
La présence mystérieuse de l’invisible : ce contre quoi et par quoi il y a présence, le néant. La poésie advient dans la tension intégrale pour dire ce néant, non pas à travers un acte nihiliste, qui exalterait la mort, mais au contraire en s’y arrachant.
L’œuvre d’art est née de cette nécessité de conjurer la puissance des morts et l’angoisse de la mort. La poésie poursuit ce rôle conjuratoire après la naissance des écritures, et hors du champ visible des figures. Au plus près peut-être de la mort, l’écriture soutient la fracture entre le visible et l’invisible, le jour et la nuit.
Ce savoir original qu’elle conserve et transmet d’un rapport originel à la mort la rend aujourd’hui encore plus étrange, étrangère à la plus grande partie de la communauté humaine, soumise au flux incessant et éblouissant de « l’hyper-visible ». Elle n’en est que plus précieuse et nécessaire.
Avec la revue Le Bateau Fantôme, j’ai souhaité réunir autour de moi un chœur de voix pour chanter pendant une décennie les grandes étapes métaphoriques de la vie humaine : la maison, l’arbre, la douceur, le livre, la nuit, l’enfance, l’animal, le silence, l’amour, la mort. Nous avons erré ensemble sur la plus sombre et passionnante des mers, comme l’homme passe à travers l’existence le temps de son temps, fantôme dans l’atmosphère. Nous avons erré jusqu’à cette ultime étape, où s’entrouvre finalement une nouvelle voie possible vers une toute autre forme de vie.

Mathieu Hilfiger

Commande : sur demande vers mathieu-hilfiger@neuf.fr ou directement par chèque de 16E à l'ordre de AERI à l'adresse : AERI/Le Bateau Fantôme - 152, bd Saint-Germain - 75006 Paris

  • La « mort de Dieu » - Dialogue entre Françoise Bonardel et Bruno Gaultier — Par François Bonardel, Bruno Gaultier · Visuels : Nicolas Hilfiger

    Notre propre mort est-elle inévitablement liée à celle de Dieu ? Une culture digne de ce nom a-t-elle jamais survécu sans entretenir d’une manière ou d’une autre un rapport créateur au divin ? Nous ne le pensons pas, et ce n’est pas là affaire d’optimisme ou de pessimisme mais de sens du destin.
    Dans cet entretien fleuve d'une qualité intellectuelle et d'érudition exceptionnelle, les philosophes Françoise Bonardel et Bruno Gaultier dialoguent autour de la question de la mort de Dieu, véritable question axiologique depuis Hegel puis Nietzsche et question centrale dans la pensée contemporaine.