Créer une Alerte

Numéro 40

numéro 40
date 07/1988
revue Inter
périodicité 3 x par an
Univers Création
nationalité CA
partager
kiosque

Où se niche l'innovation ? Pour certains, comme le tonitruant sociologue Jean-Jacques SIMARD, «la Culture tue l'Art» ! L'accusation pèse. Mais que signifie-t-elle? Limites de la pensée critique chez nos intellectuels, coincée entre une théorie caduque du narcissisme et une utopie ébranlée de l'autogestion, empiétement des festivals sur l'événement d'art ou recherche d'un nouveau véhicule de l'art engagé ? Qu'en est-il concrètement cet été ?
On serait porté à conclure à un phénomène de «repli global». Alors que le flux des festivals déferle tant à Montréal que dans les régions, peu d'événements d'art actuel ont lieu. Et encore, la plupart originent des institutions plutôt que des regroupements d'artistes. Mais ce qu'il y a d'inquiétant, ce n'est pas vraiment l'organisation mais surtout le caractère passéiste et conservateur de telles expositions. De tout cela bien sûr, peu d'idées stimulantes émergent.
À la Biennale de Venise, on apprend outre-mer que l'art « canadien fait des contacts » tandis que la relève de « l'Aperto » donne dans le jouet. À Ottawa, l'ouverture du nouveau Musée des beaux-arts étale en blokbuster DEGAS, peintre méticuleux de droite, il y a de ça un siècle ! À Montréal, tandis que plane au Vieux-Port la technologie des Images du Futur, avec en vedette les « États-Unis » (libre-échange oblige !), le Musée des Beaux-Arts fête les quarante ans du Refus Global avec une rétrospective BORDUAS. La Bibliothèque nationale (Autour du Refus Global) et le théâtre (Signer) emboîte le pas.
Le Musée d'art contemporain tente de sauver la mise avec l'exposition constat Les Temps Chauds. Voilà un événement d'importance (qu'il faudra commenter plus longuement). Or, son envergure perd un peu de vernis à cause des reculs, ailleurs. À Québec, la troisième édition de la Quinzaine internationale de théâtre demeure l'événement-clé. OBSCURE y a greffé deux pièces off Le Musée du Québec expose les oeuvres anciennes et récentes des récipiendaires du Prix BORDUAS attribué depuis 1977. Le Musée, après l'exposition historique traditionnelle L'estampe au Québec 1900-1950, offre encore Marc-Aurèle FORTIN. En plein Festival d'Été, un Symposium sur la bande dessinée actuelle n'attire près que
personne. Là aussi, « l'effet remorque ». Heureusement qu'une exposition logeant à la bibliothèque Gabrielle-Roy contrecarrait quelque peu ce repli passéiste dans la « Vieille » Capitale, s'agit Des femmes de parole et d'écologie. D'abord tenue à Montréal, cette exposition féministe, pacifiste et écologiste présentait au moins une problématique et des oeuvres d'aujourd'hui.Où se niche l'innovation ? Pour certains, comme le tonitruant sociologue Jean-Jacques SIMARD, «la Culture tue l'Art» ! L'accusation pèse. Mais que signifie-t-elle? Limites de la pensée critique chez nos intellectuels, coincée entre une théorie caduque du narcissisme et une utopie ébranlée de l'autogestion, empiétement des festivals sur l'événement d'art ou recherche d'un nouveau véhicule de l'art engagé ? Qu'en est-il concrètement cet été ?
On serait porté à conclure à un phénomène de «repli global». Alors que le flux des festivals déferle tant à Montréal que dans les régions, peu d'événements d'art actuel ont lieu. Et encore, la plupart originent des institutions plutôt que des regroupements d'artistes. Mais ce qu'il y a d'inquiétant, ce n'est pas vraiment l'organisation mais surtout le caractère passéiste et conservateur de telles expositions. De tout cela bien sûr, peu d'idées stimulantes émergent.
À la Biennale de Venise, on apprend outre-mer que l'art « canadien fait des contacts » tandis que la relève de « l'Aperto » donne dans le jouet. À Ottawa, l'ouverture du nouveau Musée des beaux-arts étale en blokbuster DEGAS, peintre méticuleux de droite, il y a de ça un siècle ! À Montréal, tandis que plane au Vieux-Port la technologie des Images du Futur, avec en vedette les « États-Unis » (libre-échange oblige !), le Musée des Beaux-Arts fête les quarante ans du Refus Global avec une rétrospective BORDUAS. La Bibliothèque nationale (Autour du Refus Global) et le théâtre (Signer) emboîte le pas.
Le Musée d'art contemporain tente de sauver la mise avec l'exposition constat Les Temps Chauds. Voilà un événement d'importance (qu'il faudra commenter plus longuement). Or, son envergure perd un peu de vernis à cause des reculs, ailleurs. À Québec, la troisième édition de la Quinzaine internationale de théâtre demeure l'événement-clé. OBSCURE y a greffé deux pièces off Le Musée du Québec expose les oeuvres anciennes et récentes des récipiendaires du Prix BORDUAS attribué depuis 1977. Le Musée, après l'exposition historique traditionnelle L'estampe au Québec 1900-1950, offre encore Marc-Aurèle FORTIN. En plein Festival d'Été, un Symposium sur la bande dessinée actuelle n'attire près que
personne. Là aussi, « l'effet remorque ». Heureusement qu'une exposition logeant à la bibliothèque Gabrielle-Roy contrecarrait quelque peu ce repli passéiste dans la « Vieille » Capitale, s'agit Des femmes de parole et d'écologie. D'abord tenue à Montréal, cette exposition féministe, pacifiste et écologiste présentait au moins une problématique et des oeuvres d'aujourd'hui.

  • La ville dont le théâtre est un enfant — Par Guy Durand

    La troisième Quinzaine internationale du théâtre tenue à Québec en juin 88 aura attisé des attentes insoupçonnées. Les critiques n'ont pas manqué de le signaler, caustiques sur le rythme de la programmation, mais étonnées des superbes prestations sur scène. L'écart choquait. À la Quinzaine d'encaisser!
    Or, trois questions de fond s'y sont jouées autour de la sempiternelle dualité identité-altérité de notre théâtre. Elles concernent le type de théâtre qui se fait ici, lorsqu'on le compare au théâtre européen invité, à la mise en scène et à ses thématiques.

  • La murale de New York — Par Robert Myre · Visuels : Alicia Merel, Hol Brook Mahn, Réal Capuano

    Le plus irritant, la plus grande tension, lorsque tu travailles aux premiers niveaux de l'échafaudage, c'est le bruit incessant des milliers de voitures qui font route vers le nord sur West Side Highway. Après un certain temps, tu ne remarques plus ce bruit, mais tu te découvres
    rapidement fatigué.Il y a aussi la poussière, le soleil et les friponneries du vent qui renverse les petits contenants de papier ciré de diluant à peinture de ceux qui travaillent plus haut et qui subitement te tombent sur la tête. Puis, des jambes qui pendent de l'étage supérieur et se balancent. Mais tu sais qu'au bout des jambes, vient un corps, des bras, un pinceau et une personne qui dessine un personnage et que tous les deux ont une histoire.

  • Évitez le bruit — Par Gilles Arteau · Visuels : Patrick Altman, Michel Bélanger

    ÉVITEZ LE BRUIT
    événement son présenté en mars '88 à l'occasion du cinquième anniversaire d'Obscure

    Les boules Quiès constituent l'une des industries les plus florissantes de la communauté européenne. Combien souffrent (?) ou appréhendent la musique (toujours futuriste ?) des bruits ? La circulation est pourtant fluide et se déroule à un bon rythme accentué par quelques concerts de klaxons.

  • La République des Beaux-Arts — Par Michèle Lalonde · Visuels : Claude Laflamme

    La république des Beaux-Arts octobre, novembre 1968
    Autogestion criez, créez ou crevez ?
    PORTEE DISPARUE (extrait de Défense et illustration de la langue québécoise (suivie de prose et poèmes) Paris, édition Seghers/Laffont, 1979)
    Ce texte écrit pour diffusion à haute voix a longtemps voyagé, sur ce continent et plus loin, à la rencontre d'auditoires captifs de grandes ou de petites villes. Il revient comme de droit aux très jeunes gens qui l'ont saisi au passage et reste dédié à quiconque l'entend.
    Vous ne m'entendrez pas. Ma voix vous touchera tout au plus comme négligeable rumeur de populace. Votre indifférence me siéra comme un gant. J'entends m'aventurer dans la nuit sans honneur des poètes macadamiques. Je referai parfois surface au coin des rues. J'y publierai mes plus beaux vers avec accompagnement de musique populaire appropriée. Je me ferai saltimbanque, amuseur public, crieur forain. Je jouerai de l'orgue de barbarie s'il le faut. Vous pourrez racheter ma lyre incrustée de fleurs de style et de thèmes universels dans la boutique d'un regrattier.

  • Fritz Vogel — Par Fritz Vogel (traduit de l'allemand par Alain-Martin Richard)

    Aujourd'hui l'État juste et petit bourgeois tient à nouveau solidement les rênes et la démocratie sarcle les mauvaises herbes subversives comme s'il n'y avait jamais eu de mouvement vers la réflexion et le changement. Ces photos tirent leur validité de cette situation. Ce sont des essais photographiques pour retracer l'identité, pour oblitérer l'identité.

  • Reçu au lieu — Par Richard Martel, Alain-Martin Richard

    "Il est à noter que Ciel Variable n'est pas un magazine littéraire mais bien un magazine photo axé sur l'information sociale ». 60 pages sur un format 28 X 28 cm de photos, photomontages, et textes de circonstances. C'est que l'on travaille à partir de thèmes : ici, le pouvoir"
    THE ALTERNATIVE GALLERY, ARCHIVE OF LIBERTARIAN/ ALTERNATIVE CULTURE AND SOCIAL ECOLOGY
    Fondée en 1982, ce centre se donne comme Intention de constituer une sorte de documentation mondiale sur les questions toujours plus larges de l'alternative.
    EXTENDED PLAY
    Catalogue d'une exposition montée â la Emily Harvey Gallery par Ursula BLOCK et Christian MARCLAY qui ont réuni plus de trente contributions de disques d'artistes.
    RE RECORD QUATERLY MAGAZINE
    Un disque et un magazine qui offrent un tour d'horizon des musiques actuelles de diverses tendances.

  • General's Genetic — Par Sonia Pelletier

    INSTALLATION DE GUY BLACKBURN PRESENTEE AU 3981 BOUL. SAINT-LAURENT

    La manipulation génétique et celle des cultures bactériologiques, la congélation d'embryons, la reproduction « in vitro », les multiples accidents survenant dans les laboratoires de nos scientiliques ne sont plus aujourd'hui des secrets. Au même titre que la menace qui sévit sur l'environnement, ces différentes activités font partie des dossiers chauds de l'actualité médiatique. Et bien que General's Genetic (installation de Guy BLACKBURN, présentée au 3981 boul. Saint-Laurent, Montréal, mai '88) ne se restreigne pas à ces propos polémiques, elle s'en inspire directement comme une sorte d'insistance, de croyance, de « lieu d'accrochage » qui l'institue en paradigme.
    Sous une toute autre forme, ce dispositif fait suite au propos évoqué dans l'installation Bijoux de famille qui fut présenté au LIEU en novembre '87 (cf. INTER 39). Dans l'urgence de la continuité, il s'inscrit dans cette même tentative de rendre visible une réalité qui en soi est invisible à l'oeil nu. General's Genetic est un « dispositif d'incubation pour cultures bactériologiques en devenir ».

  • Atiskenandahate — Par Yves Sioui Durand

    VOYAGE AU PAYS DES MORTS. ÉVÉNEMENT THÉÂTRAL (PERFORMANCE-RITUEL)1988

    L'indianeté actuelle convoquée par l'art. Atiskenandahate est une performance-rituel qui réunit des artistes du peuple des quatre directions (c'est-à-dire des artistes autochtones de l'Est, de l'Ouest, du Sud et du Grand Nord) dans la solidarité comme un même Soleil, comme un même coeur, pour accomplir le voyage sur le chemin des âmes vers le pays des morts, à la recherche de cette filiation des générations avec la TERRE, souvenance de la première vision de la descendance, donc de nous-mêmes, et du mélange de nos os dans le nouveau WAMPUM de notre destinée.
    Ces représentants de l'indianeté contemporaine sont conviés au festin des morts pour y confronter leur survivance et celle plus vaste de l'humain. Les personnages et leurs entités (ancêtres, esprits protecteurs et leurs descendants) conviés à ce festin, viennent y délivrer leur corps du séjour chez les morts par une descente aux enfers de la peur, pour y vaincre, dans une quête allégorique et hiéroglyphique, (le corps en danse, le corps en transe) l'ensevelissement, l'oubli et la disparition.

  • Entre-Actes — Par Guy Durand · Visuels : François Bergeron

    INSTALLATION DE ROSE-MARIE GOULET AU LIEU
    Auvernissage, Rose-Marie GOULET, debout seule près de sa « table-cheval », composait noir sur blanc. Toute entrée par la suite brisait cette fixation sur fond de gris. Heureusement.
    C'est qu'un dispositif photo-électrique placé à la porte d'entrée déclenche les mouvements et rythme l'installation. Une oeuvre d'ailleurs qui, au premier coup d'oeil, transforme radicalement le local du LIEU. Un brin de surréalisme flotte alentour de l'ingénieux cheval-table dont les ailes de bois s'agitent quelques secondes sans que les pattes-sabots ne suivent. Différents voiles recouvrent une série de cadres étalés symétriquement sur deux murs. Les tissus tantôt gris, tantôt vernis, tantôt lumineux qui nous sont donnés cachent en fait de petits agencements visibles (si on lève le voile), mais surtout ils dévoilent l'invisible. Des fils ondulés nous mènent à des ventilateurs, aussi camouflés dans les cadres. Et ce qu'on ressent soudain, c'est du vent, du mouvement.

  • Le Lieu à la Saw, Le Lieu à la scie — Par Richard Martel · Visuels : Patrick Altman

    POUR UNE LOGIQUE DES RÉSEAUX
    Une manoeuvre de quatre jours dans la capitale fédérale, sous l'invitation de Clive ROBERTSON, de la galerie Saw à Ottawa. Que retenir de ceci ?
    Le principe de l'exposition : installation. D'abord, Patrick ALTMAN, avec ses petites boîtes, joue sur l'ambiguïté de la vision «objective» soumise aux aléas de l'économie, sa mesure visuelle exacte est décantée, subjective. Ilya chez ALTMAN comme un désir de dégager la réalité de la turpitude où l'imbrique la situation conforme, le transfert mental des images indique une mésentente au niveau du conditionnement de la vision affirmative posée comme une situation normale. La photographie se dégage alors de sa fonction singulière et détourne la linéarité normative contre l'ordre établi. Il y a comme une répétition des séquences logiques des réseaux de lecture.

  • Irréparable — Par Guy Durand

    Surface poétique générale, événement de réparation de poésie orchestrée par Jean-Claude GAGNON, l'abominable homme des lettres, par Guy DURAND

    Il y a de ces havres qui rassemblent. Le fleuve, que parcourent nos événements d'art et la poésie qui habite romans, téléromans et récitals. Au confluent s'esquissent certains axes de l'imaginaire québécois.
    Et voilà qu'une galerie parallèle, sorte de halte expérimentale, accueille des artistes « en réparation de poésie ». Leurs outils, des performances et des installations étalées en Surfaces Poétiques Générales à L'OEIL DE POISSON de Québec (janvier 88). Évidemment, l'invitation récidiviste originait de Jean-Claude GAGNON, alias BEURK TISSELARD, alias l'ABOMINABLE HOMME DES LETTRES. Il s'agit en effet du second événement du genre, le premier ayant eu lieu à OBSCURE en octobre 86 (INTER 34). Il s'agissait là d'un projet paradoxal justement par les rapports ouverts entre l'écriture poétique et les arts visuels. Au menu, le langage non-fonctionnel et à contre-courant des écritures logiques, utiles, fonctionnelles.