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Clint Eastwood cinéaste

numéro 66
date 04/2010
revue L'Art du Cinéma
périodicité semestriel
Univers Cinéma
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« It’s not just a job, it’s a fucking adventure » Clint Eastwood a quatre-vingts ans cette année, et fêtera en 2011 ses quarante ans de carrière de réalisateur. Ces raisons seules suffiraient à justifier un volume de L’art du cinéma consacré à un cinéaste dont aucun des trente-trois films (à ce jour) ne nous laisse indifférents
et dont la plupart nous enthousiasment – marque indubitable d’un grand cinéaste.

  • Play Misty for Me / Un frisson dans la nuit — Par Lucas Hariot

    Des griffes dans la nuit - Dave Garver, animateur d’une émission de jazz nocturne pour la radio KRML à Carmel, propose « du swing et du rêve » à ses auditrices. Il essaie tant bien que mal de reconquérir Tobie, son ancienne compagne lassée de ses infidélités mais rencontre et séduit la charmante Evelyn, qu’il invite chez lui.

  • High Plains Drifter / L’homme des hautes plaines — Par Pascale Risterucci

    Hell - Ce premier western d’Eastwood a les apparences d’un western. Il y a un mystérieux cavalier solitaire, surgi du désert pour venger l’assassinat du shérif dans une petite ville corrompue qui en fut complice.

  • Breezy — Par Céline Braud

    Éducation sentimentale - Breezy est une jeune hippie de dix-sept ans qui avance sur les routes comme dans la vie, au gré des hasards. Frank Harmon est un agent immobilier d’une cinquantaine d’années. L’errance de l’une et la réussite sociale de l’autre sont a priori ce qui devait exclure la possibilité de leur amour.

  • The Eiger Sanction / La sanction — Par Marcos Uzal

    La loi de la montagne - En 1975 la plupart des critiques sont loin de considérer Clint Eastwood comme un artiste, et ce n’est pas sans ironie qu’il interprète ici un professeur d’Histoire de l’Art.

  • The Outlaw Josey Wales / Josey Wales, hors-la-loi — Par Frédéric Favre

    Un aplat de couleur pure - C’est aux confins du Texas, à cette extrême limite du pays en bordure du Mexique que le film campe son utopie westernienne particulière : au terme d’un long périple aux multiples dangers, une communauté hétéroclite menée par Josey Wales s’installe à Blood Butte – ce ranch jadis bâti par le fils de Grandma Sarah mort à la guerre –, dans les parages du décor désolé d’une ville fantôme, Santo Rio, en territoire comanche.

  • The Gauntlet / L’épreuve de force — Par Lucas Hariot

    Mais que fait la police ? - Ben Shockley, policier à Phoenix, arrive saoul et hirsute un matin au travail. Il est reçu par Blakelock, le nouveau chef de la police, qui lui demande de ramener depuis la prison de Las Vegas un certain Gus Mally, « témoin banal pour un procès banal ». En réalité, Blakelock
    veut que Shockley échoue dans sa mission, et le juge suffisamment incompétent pour cela. Augustine « Gus » Mally est prostituée, elle a été violée par Blakelock.

  • Bronco Billy — Par Denis Lévy

    Le cowboy et l’héritière - Il y a dans Bronco Billy deux mondes que le film disjoint irrévocablement : d’un côté l’Amérique des riches où seul importe l’intérêt financier —l’héritière Antoinette Lily doit être mariée avant ses trente ans pour jouir de sa fortune, raison pour laquelle elle épouse John Arlington, lui-même chasseur de dot ; quand elle disparaîtra, sa marâtre et seule héritière s’en consolera très vite dans les bras de son avocat véreux.

  • Firefox / L’arme absolue — Par Marion Polirsztok

    Vol d’un avion - Firefox est sans doute le film le moins aimé de Clint Eastwood : plus que simpliste et manichéen, comme on peut le lire souvent, il est singulièrement distancié, un peu froid. Cet effet est à mettre au compte de l’épure et de l’abstraction du film.

  • Honkytonk Man — Par Marion Polirsztok

    Chasseurs de rêves - Honkytonk Man est une Americana, moins par l’ampleur temporelle habituelle du genre que par l’ampleur topographique d’une traversée du pays que permet le trajet des personnages. De l’Oklahoma à Nashville, chaque lieu charrie avec lui l’évocation d’un genre, d’une tonalité, ainsi qu’une musique et une lumière.

  • Sudden Impact / Le retour de l’inspecteur Harry — Par Frédéric Favre

    « Are you suspending me, Sir ? » - Non, l’inspecteur Harry Callahan n’est pas suspendu par ses supérieurs furieux de ses méthodes, mais prié de prendre quelques jours de vacances — offense suprême envers le héros de la série des « Dirty Harry », incorrigible flic peu encombré par les procédures policières, étranger à la rigueur administrative mais inégalé quand il faut mettre les criminels hors d’état de nuire.

  • Pale Rider / Le cavalier solitaire — Par Denis Levy

    Un spectre hante l’Amérique… - Pale Rider s’inscrit d’emblée dans le registre du conte, dont le fantastique est plus marqué que dans High Plains Drifter, au point de faire fi, à maintes reprises, de la vraisemblance. Mais le propos du film, comme celui du western (et plus généralement de l’art, on ne le répètera jamais assez), n’est pas de mimer une réalité, mais de créer des idées.

  • Vanessa in the Garden / Vanessa — Par Charles Foulon

    « Cela existera si tu le crées » - En réinventant le genre fantastique à l’aune de la littérature, de la peinture moderne du 20ème siècle, le film pose quelques questions au travers d’une épreuve ramenée à sa plus simple expression : une vie d’amour (donc pleine de sens) est confrontée à la question de la limite : la mort.

  • Heartbreak Ridge / Le maître de guerre — Par Denis Levy

    À distance de l’état-major - Dès le début du film, nous voilà prévenus : le sergent Highway, ce baroudeur vieillissant à la voix rauque, est incorruptible et insubordonné.

  • Bird — Par Vladislas Le Bihan

    Blue Bird - Ce film pour le moins atypique est le lieu de croisement de deux arts, la musique et le cinéma, dans le portrait d’une Amérique corrompue dressé par la tonalité sombre et obscure du film noir. Son montage rigoureux et complexe, inspiré de la musique de Parker, produit l’apparence d’une improvisation qui atténue la dureté et la violence : un mélange de tons où musique et cinéma, deux arts
    populaires américains, nous donnent à penser l’expérience de leur rencontre.

  • White Hunter, Black Heart / Chasseur blanc, coeur noir — Par Judith Balso

    Portrait d’un Nietzschéen d’Amérique - Le film établit une première filiation artistique avec l’oeuvre de Huston : il a pour point de départ le récit du tournage d’African Queen — rapporté par la plume de Peter Viertel (co-scénariste du film) qui s’éloigne de, ou est congédié par, Huston en cours de
    réalisation, et qui se voit crédité derechef par Eastwood comme coscénariste de Chasseur blanc, coeur noir.

  • The Rookie / La relève — Par Lucas Hariot

    Maïeutique du héros - The Rookie est à la croisée du polar, du mélodrame familial et de la comédie. Comment succéder ? Telle est la question centrale que pose le film, belle mécanique cyclique qui expose sa logique prescriptive, une logique de filiation, en temps clairement repérables.

  • Unforgiven / Impitoyable — Par Denis Levy

    Pas de pardon - Unforgiven met en jeu un double processus : - Un processus narratif, dont l’origine est un crime commis par un jeune cowboy en goguette, qui défigure une prostituée au motif qu’elle a ri de la taille de son sexe ; (...)

  • A Perfect World / Un monde parfait — Par Alain Badiou

    La perfection du monde, improbable et possible - « Un monde parfait » ? Qu’est-ce à dire ? Le titre de ce film, on sait vite qu’il est ironique. Non, le monde que Clint Eastwood nous présente, plein de bruit et de fureur, s’achevant dans une mort dont l’injustice nous atterre, n’est certainement pas à l’image de la supposée perfection de son Créateur.

  • The Bridges of Madison County / Sur la route de Madison — Par Raphaël Lefèvre

    Mon amour aura été - « Ce que je suis en réalité demeure inconnu. » (Virginia Woolf, Journal) Le titre original insiste sur « les ponts », la traduction française sur « la route » — mais les deux lient cette tension entre immobilité et mouvement à une dénomination géographique précise, soulevant la question du rapport entre le local et le reste du monde.

  • Absolute Power / Les pleins pouvoirs — Par André Balso

    De l’autre côté du miroir… sans tain - Dans la galerie de peinture d’un grand musée de Washington, un dessinateur amateur d’un certain âge reproduit des détails extraits de toiles de Maîtres. « Ne renoncez pas ! », lui lance alors une jeune femme, visiblement admirative de son travail. « Jamais », répond-il malicieusement. Tout est dit.

  • Midnight in the Garden of Good and Evil / Minuit dans le jardin du Bien et du Mal — Par Denis Lévy

    Kelso in Wonderland - Savannah (Georgia) tire sa gloire présente de n’avoir pas résisté, dans le passé, aux troupes nordistes et d’avoir ainsi évité la destruction de son patrimoine architectural : elle est devenue une ville-musée.

  • True Crime / Jugé coupable — Par André Balso

    Les Pères Noël sont des cavaliers solitaires - Beechum est un jeune père de famille qui attend dans le couloir de la mort pour un crime qu’il n’a pas commis. Parallèlement, Everett, lui aussi père d’une petite fille, est un journaliste rongé par la culpabilité depuis qu’il a tenté à tort de faire innocenter un homme, et qui partage désormais sa vie entre l’alcool et les femmes.

  • Space Cowboys — Par Céline Braud

    The Rookies - Plus de quarante ans se sont écoulés entre le premier plan et le dernier plan de Space Cowboys, entre celui d’un ciel déchiré par la montée fulgurante d’un avion de chasse et celui de la Lune
    accueillant pour l’Éternité un astronaute confortablement assis 114 L’art du cinéma n° 66-67-68-69 – Clint Eastwood cinéaste dont le casque reflète la Terre, la véritable merveille, dans toute
    sa splendeur sereine.

  • Blood Work / Créance de sang — Par Slim Ben Cheikh

    Pour (ne pas) en finir avec le héros - Blood Work fait le point sur un héros eastwoodien « en phase terminale ». Convoquant la mémoire des Dirty Harry1 et autres Tightrope 2, il entreprend d’en éclairer la geste entachée de violence, et pose la question cruciale de son devenir.

  • Mystic River — Par Marion Polirsztok

    Une tragédie américaine - Mystic River est un film complexe, structuré autour d’une enquête policière sur le meurtre sauvage de la jeune Katie Markum, elle-même prise dans une enquête de type tragique, faisant se télescoper le passé et le présent des personnages autour de la rencontre noire de l’enfance et du crime : comment, alors, continuer malgré le passé, et s’arracher à la répétition du même ?

  • Piano Blues — Par André Balso

    Le son du piano blues naît d’une dextérité d’ordre artisanal : celle de la main imposant un rythme aux touches noires et blanches par l’incessante répétition des mêmes accords. Accessible même à celui qui ne voit pas l’instrument (Ray Charles est d’ailleurs le premier musicien à être questionné par Eastwood), ce geste humble qui introduit le film – bien que trompeusement aisé à exécuter – place d’emblée cet « art véritablement américain »1 dans le registre d’un art populaire, comme en écho à l’autre grand art populaire « américain » qu’est le cinéma.

  • Million Dollar Baby — Par Pierre Ancelin

    Amour paternel - Million Dollar Baby est un film si limpide qu’il se laisse voir (et revoir) comme une évidence qu’on aimerait simplement garder comme un secret, un secret pour soi, ou pouvant être partagé sans être dit.

  • Flags of Our Fathers / Mémoire de nos pères — Par Annick Fiolet

    Pour comprendre les vivants il faut parler avec les morts - En réalisant un diptyque, Eastwood a fait un choix d’une complexité d’autant plus grande que les deux films, dont l’objet est commun, sont de factures absolument singulières et, comme l’indiquent leurs titres, sont autonomes. Contrairement à la peinture où un ensemble est exposé au regard d’un seul tenant, le rapport entre les deux films ne peut s’établir que rétroactivement.

  • Changeling (A true story) / L’échange (Une histoire vraie) — Par Élisabeth Boyer

    Mère Courage - Los Angeles, mars 1928 : le film s’ouvre sur une sorte d’innocence de la ville saisie en surplomb, parée du noir et blanc du lointain temporel, vision qui se resserre sur un quartier résidentiel modeste, traduction filmique du bon vieux “Il était une fois”.

  • Gran Torino — Par Élisabeth Boyer

    Apprentissages - Gran Torino est un conte initiatique des temps modernes, un grand film populaire dans le sens le plus noble du terme, capable de soutenir un réel sombre : dans un quartier de Detroit, ville industrielle ravagée par la crise, désorientées, les jeunes générations ont hérité massivement, non de principes, mais des valeurs de l’autorité guerrière, de l’argent, de la débrouille et de la place.

  • Invictus — Par André Balso, Raphaël Lefèvre, Annick Fiolet, Élisabeth Boyer, Marion Polirsztok et Frédéric Favre

    Table ronde avec André Balso, Raphaël Lefèvre, Annick Fiolet, Élisabeth Boyer, Marion Polirsztok et Frédéric Favre