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Cloud Atlas

numéro 2039
date 03/2013
revue Les Fiches du Cinéma
périodicité bimensuel
Univers Cinéma
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kiosque

César : ceux qui te saluent vont mourir. Après la polémique lancée par Vincent Maraval sur le salaire des acteurs français, on pouvait attendre de la 38ème cérémonie des César qu'elle soit l'occasion de poser quelques jalons pour l'avenir d'une industrie dont la mécanique est, plus que jamais, grippée. Or, le show pitoyable offert ce soir-là fut tout sauf à la hauteur d'une situation dont la complexité confine à l'absurde : quelques jours plus tôt, on découvrait le néologisme “JT-able” (prononcez "jitébeule") créé par Léna Lutaud, du Figaro, pour définir la capacité d'un acteur à accumuler les passages sur les JTs des grandes chaînes, et, par extension, sur les plateaux des émissions
“culturelles” où il s'agira pour lui de faire preuve d'humour, de bagout et de charme. Bref, d'être réduit au rang de simple faire-valoir promotionnel. C'est que les distributeurs, chargés de payer des frais de communication de plus en plus élevés (une bande-annonce projetée en salle peut être facturée jusqu'à 200 000 euros), voulant être sûrs d’en avoir pour leur argent, poussent la production à engager les comédiens en fonction de leur aura médiatique. Par ailleurs, comment reprocher à Dany Boon d'être rémunéré de façon si démesurée ? C'est également lui qui remplit les caisses du CNC, via son fond de soutien (15 millions d'euros versés entre Bienvenue chez les Ch'tis et Rien à déclarer). Le fait est que, contrairement à ce que l'on entend communément, il y a de plus en plus d'argent qui circule dans le cinéma français. Il y a juste de moins en moins de gens qui en profitent. Les techniciens restent les grands sacrifiés de la fabrication d’un film, et continuent à lutter pour l'extension de leur convention collective. Les auteurs sont également touchés. Estelle Larrivaz réalise un premier film original et intriguant (Le Paradis des bêtes), qui peine à rencontrer son public. Monsieur Morimoto, de Nicola Sornaga, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2008, n'a toujours pas trouvé de distributeur. Sylvain George propose deux documentaires magnifiques sur la question de l'immigration (Les Éclats et L’Impossible), qui font, à eux deux, moins de 500 entrées à Paris. En réaction à la difficulté de mener un projet à son terme lorsqu'on travaille hors du système “officiel”, les auteurs, novices ou confirmés (voir Brisseau et sa Fille de nulle part), forcés d'innover, nous font pourtant des propositions de cinéma sans cesse plus excitantes. Il y a donc une bonne nouvelle : les films de qualité existent. La mauvaise est qu'ils ne sont pas vus. Ils sont relégués d'avance dans quelques salles anonymes, au prétexte que, les prévisions d'entrées n'étant pas bonnes, il ne sert à rien d'en faire une promotion coûteuse : le serpent se mord la queue. Dans L’Annuel du Cinéma, à paraître en avril, nous tenterons de cerner les différents aspects de la crise que traverse le cinéma français. Et en attendant, même si, sur le plateau des César, les feux de la rampe continuent à n'inonder de lumière que quelques élus déjà clinquants, Les Fiches continueront à éclairer également les films qui brillent, pour l'instant, dans le noir.

  • Boule & Bille de Alexandre Charlot er Franck Magnier — Par Chloé Rolland

    Après Imogène McCarthery, Alexandre Charlot et Franck Magnier cèdent à une nouvelle adaptation
    pour leur deuxième film, cette fois à destination des enfants. La mise en scène n’est guère plus brillante et l’histoire franchement plate.

  • Chacun à son poste et rien ne va de Lina Wertmüller — Par Gaël Reyre

    Gigi et Carletto vont à Milan pour gagner leur vie et
    s’installent dans une colocation de jeunes travailleurs. Les difficultés commencent. Ce film de 1974, inédit en France, étonne par un ton tragicomique féroce et frappe par l’actualité de son propos.

  • A la merveille de Terrence Malick — Par Benjamin Untereiner

    Depuis son nuage de sérénité, Malick survole les
    difficultés de l’amour et de la foi. Mais en l’absence de remise en question, son cinéma tourne à vide, ennuie et sombre dans la caricature. Prions pour une prise de conscience prochaine du cinéaste.

  • Au bout du conte de Agnès Jaoui — Par Isabelle Danel

    Tout le monde a ses petites croyances, mais la plus
    répandue est celle du prince charmant venu enlever
    la belle princesse. Bacri et Jaoui, renouant avec l’esprit choral du Goût des autres, brodent sur les contes et enluminent l’écran en nous parlant d’amour.

  • La Famille de Nicky de Matej Minac — Par Marie Toutée

    Comment Sir Nicholas Winton évita l’extermination,
    en 1939, de 669 enfants tchèques et slovaques, juifs
    pour la plupart, dans les camps nazis. Le réalisateur
    slovaque Matej Minác livre son nouveau documentaire
    sur le sujet, poignant et classique dans sa forme.

  • No de Pablo Larrain — Par Benjamin Untereiner

    Parfaite reconstitution historique autant que réflexion pointue sur le pouvoir des images dans le monde politique, No est une véritable réussite, dont
    le pessimisme s’incarne néanmoins de manière presque trop limpide en la figure de G. Garcia Bernal.

  • Sababou, L'espoir de Samir Benchikh — Par Thomas Fouet

    Modeste dans la forme, Sababou plaide, par l’exemple,
    pour une Afrique prise en main par ses propres peuples. Cette visée d’ensemble permet à l’évocation
    de quatre Ivoiriens engagés (parmi lesquels le chanteur Tiken Jah Fakoly) d’excéder son aspect anecdotique.

  • Spring Breakers de Harmony Korine — Par François Barge-Prieur

    Harmony Korine pose sur les vacances trash et débauchées d’adolescentes américaines un regard à
    mi-chemin entre premier et deuxième degré. Spring
    Breakers est un film hypnotique, qui pourra sembler,
    selon l’humeur, tour à tour creux ou fascinant.

  • 20 ans d'écart de David Moreau — Par Chloé Rolland

    Après deux films d’horreur, David Moreau signe, en solo, une comédie sentimentale en adoptant, ici
    encore, tous les codes du genre. Si le film ne réserve pas de surprises, il promet de passer un moment agréable. À ce titre, le contrat est rempli.

  • Cloud Atlas de Lana Wachowski, Tom Tykwer et Andy Wachowski — Par Michael Ghennam

    Les Wachowski font équipe avec T. Tykwer pour porter
    à l’écran l’inadaptable : le foisonnant roman de David Mitchell, réparti sur six époques. En jonglant avec les genres par le biais d’un montage virtuose, les auteurs imposent Cloud Atlas comme un événement majeur.

  • Jappeloup de Christian Duguay — Par Marguerite Debiesse

    Fondée sur le parcours réel de Pierre Durand et de
    son fameux cheval Jappeloup, médaillés d’or aux J.O.
    de Séoul en 1988, cette épopée, assez exaltante,
    retrace les heurts et malheurs du couple homme /
    bête, jusqu’à devenir enfin un centaure victorieux.

  • Notre monde de Thomas Lacoste

    Notre monde est un documentaire schizophrène, où la parole radicale qui se libère est à chaque fois
    neutralisée par un dispositif scénique et une mise
    en scène qui s’attachent à enfermer autant la pensée
    progressiste qui prend forme, que les intervenants.

  • Les Nuits avec Théodore de Sébastien Betbeder — Par Thomas Fouet

    Autour du parc des Buttes-Chaumont, un film bref et
    onirique, imparfait mais au charme certain. L’attention portée aux lieux, entre accents documentaires et réenchantement du réel, sert opportunément la chronique d’un amour à la lisière du fantastique.

  • Tu seras sumo de Jill Coulon — Par Marguerite Debiesse

    Une succession d’opportunités a permis à Jill Coulon,
    réalisatrice de ce premier long métrage, de suivre
    l’intégration d’un élève dans une écurie de sumo.
    Avec une grande sensibilité et une belle maîtrise
    formelle, elle nous fait découvrir cet univers clos.

  • Les Coquillettes de Sophie Letourneur — Par François Barge-Prieur

    Avec Les Coquillettes, Sophie Letourneur résume,
    plus qu’elle ne prolonge, ses films précédents. Comme toujours, le résultat est vivant et rythmé, mais la légèreté presque désinvolte du propos, frustrante, appelle, à l’avenir, davantage de consistance.

  • The Place beyond the pines de Derek Cianfrance — Par Michael Ghennam

    Schenectady sert de décor à trois portraits et trois récits de rédemption pour Derek Cianfrance. Si The Place Beyond the Pines ne tient pas ses promesses de grand mélodrame, il n'en demeure pas moins une belle déclaration d'amour à ses acteurs.