Créer une Alerte

L'Europe avec ou sans frontières

numéro 49
date 04/2012
revue Revue des Deux Mondes
périodicité bimestriel
Univers Revue Littéraire
partager
kiosque

L’Europe avec ou sans frontières - Dans son Journal d’un optimiste qui vient de paraître chez Fayard (1), Guy Sorman se réjouit que nos hauts responsables européens, une Catherine Ashton, un Herman Van Rompuy soient aussi discrets, aussi peu messianiques que possible. Il y voit, avec raison, la volonté européenne par excellence de ne pas marcher au « guide », au « chef ». Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé, mais il n’y a rien à faire : l’Europe se plaît à la nuance, au coupage de cheveux en six, à l’anti-slogan administratif préférable aux envolées lyriques, à la pulsion dictatoriale.

  • Gillet, Calasso, Fragonard, Bonnefoy, Goetz, Barthelet... — Par Michel Crépu

    Lundi
    Le mieux à faire, quand on aime lire, en ce moment, c’est de se jeter la tête la première dans les mille pages des Essais et conférences sur l’art. De Giotto à Matisse de Louis Gillet (1), qui viennent de paraître aux éditions Klincksieck, dans une collection rare, que dirige notre ami Eryck de Rubercy, « L’esprit et les formes ». Un grand, merveilleux voyage à travers les peintres, en passant par Rembrandt et Corot, Carpaccio et les portraits français du XVIe siècle, Ingres et Delacroix, Chardin, Goya, Quentin La Tour, on en passe.

  • L’Occident sous-estime l’enjeu de la guerre civile syrienne — Par Renaud Girard

    Études, reportages, réflexions - La Syrie est entrée dans une spirale infernale, dont on ne voit pas comment elle pourrait se sortir un jour, même à moitié indemne. Pour le seul mois de février 2012, les mauvaises nouvelles se sont accumulées. Sur le plan intérieur, la sanglante répression visant tout mouvement de foule ne parvient pas à freiner l’expansion de l’insurrection au sein de la jeunesse sunnite désœuvrée. La grande ville de Homs (troisième du pays) n’est pas seule concernée. La rébellion éclate sporadiquement dans les banlieues les plus misérables de Damas, ainsi que les contrées proches de la frontière irakienne. Les sunnites irakiens – qui ne suivent pas la stratégie de neutralité bienveillante du gouvernement chiite de Bagdad à l’égard du régime de Bachar al-Asad – font passer des armes et des combattants djihadistes pour aider l’insurrection...

  • Barack Obama et le paysage électoral américain en 2012 — Par Niels Planel

    Etudes, reportages, réflexions - Lors de l’émission « 60 minutes », diffusée par CBS en décembre 2011, Barack Obama estimait qu’il faudrait « probablement plus d’un président » pour apporter le type de changement auquel il aspirait depuis sa campagne de 2008. Se justifiant face aux déceptions d’une Amérique confrontée au marasme économique, précisant qu’il a toujours eu à l’esprit une action inscrite dans la durée, il déclara : « Ce que j’ai compris en arrivant, c’est que renverser une culture, ici, à Washington, dominée par les intérêts spéciaux, renverser une culture politique dominée par les sondages, les petites phrases et un cycle d’informations de vingt-quatre heures, renverser des problèmes structurels dans notre économie qui se sont empilés depuis deux décennies, cela allait prendre du temps. Cela prendrait plus d’une année. Cela prendrait plus de deux ans. Cela prendrait plus d’un mandat. »

  • Quelques notes critiques sur le journalisme politique — Par Marin de Viry

    Études, reportages, réflexions - Il existe une saine pratique d’intelligence stratégique que les entreprises mettent parfois en place : il s’agit du rapport d’étonnement. Lorsqu’un cadre dirigeant se trouve en voyage, il est parfois tenu de revenir au quartier général avec un « mémo » qui se contente d’indiquer, à plat, ce qui l’a étonné lors de ses visites. J’ai fait un voyage au pays du journalisme politique, en France. J’ai lu beaucoup d’éditoriaux et d’articles sur la campagne présidentielle. Je livre ici cinq remarques provisoires, schématiques, et peut-être exagérément désagréables que j’ai faites, à des esprits mieux capables que moi-même d’en tirer une analyse générale.

  • L'Europe de la culture est née il y a trente-six mille ans — Par Pedro Lima

    Dossier L'Europe avec ou sans frontières - En octobre 2011, une équipe de préhistoriens français et roumains annonce la datation, par la méthode du carbone 14, des peintures rupestres de la grotte roumaine de Coliboaia, située dans l’ouest du massif des Carpates. On découvre alors que ces dessins, une vingtaine au total, figurant des rhinocéros et des ours, ont été réalisés il y a trente-six mille ans, c’est-à-dire au même moment que ceux de la grotte Chauvet, en Ardèche, située à deux mille kilomètres de là… De plus, les préhistoriens notent de fortes similitudes entre les deux sites. Tout d’abord, le bestiaire représenté à Coliboaia, constitué d’animaux puissants et dangereux, le rapproche de celui de Chauvet...

  • L'héritage de Jean Monnet — Par Georges Berthoin et Éric Roussel

    Dossier L'Europe avec ou sans frontières - Entretien avec Georges Berthoin réalisé par Éric Roussel

  • La France, charnière centrale de l'Europe — Par Thomas Gomart et Étienne de Durand

    Dossier L'Europe avec ou sans frontières - Sans forcément le dire ou même se l’avouer, Paris a atteint son objectif diplomatique de toujours et occupe aujourd’hui une position centrale en Europe. Cette position charnière repose sur trois paradoxes : elle s’explique d’abord par des choix de long terme, un flair tactique plus récent mais surtout une modification aussi rapide que profonde de l’environnement européen ; par ailleurs, cette « centralité » est atteinte dans un contexte de diminution relative de la puissance française, stratégiquement et plus encore économiquement; enfin, cette position s’observe également en négatif : au regard de l’état préoccupant de l’économie française et de son poids en Europe, une aggravation rapide de la situation intérieure conduirait à ébranler définitivement l’euro comme la construction européenne...

  • L'Europe a-t-elle des frontières ? — Par Jean-Paul Clément

    Dossier L'Europe avec ou sans frontières - L’Europe demeure en proie aux problèmes des confins – à l’est et au sud – de ces frontières qui ont si longtemps occupé son histoire à l’ouest ; il s’en faut que tout soit achevé (Islande, Groënland, Nord et Nord-Ouest, etc.). Partout dans le monde, les questions et les crises de frontières ont scandé l’histoire des États, des nations et des peuples. Mais l’histoire frontalière de l’Europe est sans doute la plus riche et la plus intense. Cela tient à l’exiguïté de l’espace que se partagent ou se disputent les nations d’Europe depuis qu’elles ont commencé à se dessiner, à tracer leurs contours, tandis que s’effaçaient les limes de l’imperium romanum. En fait, c’est à partir de là que l’Europe commence à se définir comme telle, comme distincte du monde méditerranéen de l’Antiquité...

  • Aux racines de l'Europe : Civis romanus sum — Par Jean-Yves Boriaud

    Dossier L'Europe avec sou sans frontières - Nous autres, Gaulois, savons ce que nous devons à nos colonisateurs romains : notre langue, notre organisation territoriale, notre droit, et ce sens suraigu de la démocratie, dût-elle (chez nous tous les cinq ans) s’incarner dans un chef, comme le disait un connaisseur, le prince Louis-Napoléon Bonaparte. Lorsque, dans les années 1789, nous nous redécouvrîmes ce goût pour les saines et vivifiantes joies de la politique, il fut d’ailleurs de bon ton d’aller rechercher des modèles parmi les plus nobles figures de notre civilisation de référence, la civilisation romaine, tels le républicain Brutus ou les premiers des partageux, les Gracques...

  • L'Europe, une grand histoire qui "nous" concerne — Par Eryck de Rubercy

    Dossier L'Europe avec sou sans frontières - amais plus qu’aujourd’hui il ne sera sans doute opportun de souligner la saisissante actualité du livre Pavane pour une Europe défunte du philosophe Jean-Marie Benoist (1) qui éclaire la crise dans laquelle l’Europe se trouve actuellement plongée. Plus de trente ans après sa publication, sa lecture, en effet, ne saurait manquer d’étonner le lecteur tant l’appréciation que son auteur y fait d’une Europe enlisée dans sa marche, qui ne l’empêche pas pour autant de lancer un appel, une adjuration pressante à ne pas y renoncer, coïncide avec le constat navré que nous pouvons faire aujourd’hui sur l’édification d’une Europe politique ébranlée par la crise financière de sa monnaie unique...

  • Un décalage franco-allemand sous-estimé — Par Jean-Pierre Dubois

    Dossier L'Europe avec sou sans frontières - Dans les débats franco-allemands de ces dernières années, les commentateurs ont souvent relevé le décalage entre l’impétuosité française et la lenteur allemande et l’ont attribué aux personnalités des dirigeants ou à leurs formations. Ces différences dépassent, en réalité, les personnalités politiques concernées et traduisent des différences culturelles profondes entre les deux pays à l’égard de l’information, de son contenu, de sa collecte et de sa diffusion...

  • Euro : la leçon de la théorie des zones monétaires optimales — Par Annick Steta

    Dossier L'Europe avec ou sans frontières - Les spasmes qui ont parcouru le système monétaire international entre la fin des années cinquante et l’abandon du Gold Exchange Standard agitèrent violemment le monde universitaire. De part et d’autre de l’Atlantique, les économistes débattaient des avantages respectifs des systèmes de changes fixes et flottants. Alors que les tenants des changes flexibles formaient un petit groupe soudé dominé par les monétaristes, les partisans des changes fixes ne s’accordaient pas sur les fondements du système monétaire susceptible de remplacer le Gold Exchange Standard...

  • L'œcuménisme en Europe : une approche religieuse et politique — Par Antoine Arjakovsky

    Dossier L'Europe avec ou sans frontières - La notion d’oecuménisme est associée aujourd’hui à la sphère religieuse. On connaît par exemple le Conseil oecuménique des Églises, qui se trouve à Genève et qui organise des projets conjoints avec plus de trois cent cinquante Églises. En Europe existe également la Conférence des Églises européennes, qui est une communion de cent vingt Églises protestantes, anglicanes, vieillecatholiques et orthodoxes. Elle fut créée en 1959 pour tenter de surmonter de façon pacifique la guerre froide qui déchirait alors le continent européen. Cet organisme collabore de façon régulière avec le Conseil des conférences épiscopales européennes créé dans l’Eglise catholique après le concile Vatican II...

  • La Hongrie en Europe — Par Henri de Montety

    Dossier L'Europe avec ou sans frontières - Longtemps, on a dit que l’Europe péchait par défaut d’âme. Le raisonnement, pourtant, restait superficiel, nonobstant les discussions étrangement hors de propos sur ses fondements philosophiques ou religieux. En fait, il était vide de contenu précis, au point de servir finalement le statu quo comme s’il avait suffi de prononcer quelques mots magiques (âme – pas d’âme – âme – pas d’âme) pour s’affranchir d’une réflexion plus poussée sur la question : quelle âme veut-on lui donner, à cette Europe ? Et ainsi retourner, tranquillisé, à ses moutons économiques et financiers...

  • Vous avez dit littérature européenne ? — Par Robert Kopp

    Dossier L'Europe avec ou sans frontières - Dans l’indigeste pavé de Luuk Van Middelaar, le Passage à l’Europe. Histoire d’un commencement, traduit en français grâce au Nederlands Letterenfonds (Gallimard, 2012), la culture et, a fortiori, la littérature ne sont abordées qu’en fin de parcours, plus exactement dans le chapitre vii, intitulé « La stratégie allemande ou l’art de fabriquer une nation ».

  • Source d'inspiration masi pas (encore) partenaire : l'Europe vue par les Chinois — Par Zheng Ruolin

    Dossier L'Europe avec ou sans frontières - Quand mon père, Zheng Yonghui, traducteur renommé de nombre des grandes oeuvres de la littérature française, posa le pied pour la première fois au début des années quatre-vingt sur le sol européen, trente ans après sa première traduction du chefd’oeuvre de Victor Hugo Quatre-vingt-treize, il ne put s’empêcher de murmurer : « Enfin, me voici au pays de mes rêves de jeunesse. » Beaucoup de Chinois de sa génération ont partagé cette exaltation, dont l’ancien Premier ministre Zhou Enlai, le père de la réforme et de l’ouverture Deng Xiaoping, le célèbre peintre Xu Beihong, le grand écrivain Qian Zhongshu et bien d’autres. En fait, mon père, âgé aujourd’hui de 94 ans, a passé toute sa vie à traduire de grands auteurs européens...

  • Deux biographies de Bismarck — Par Frédéric Verger

    Critiques - L'autre jour, j’ai entendu Bismarck fredonner la Marseillaise (1). Fredonner n’est d’ailleurs pas le mot, il en récite plutôt – d’une belle voix posée, ni trop grave ni trop aiguë, au timbre d’une couleur admirablement tempérée, et avec une simplicité presque rêveuse – les premiers vers, jusqu’à « L’étendard sanglant est levé »....

  • Une nouveauté et deux découvertes — Par Mihaï de Brancovan

    Critiques - Difficile d’imaginer compositeur moins franco-français que Philippe Fénelon (né en 1952) : sept opéras déjà, dont, certes, un Salammbô inspiré de Flaubert, mais aussi un Chevalier imaginaire d’après Cervantès et une nouvelle de Kafka, les Rois, sur un livret tiré d’une pièce de l’Argentin Julio Cortázar, un Faust en allemand ayant pour source le poème de Nikolaus Lenau et, aujourd’hui, cette Cerisaie en russe, présentée en création scénique au Palais Garnier plus d’un an après une première audition en version de concert au Bolchoï de Moscou. Il y a un côté « citoyen du monde » chez cet ancien élève d’Olivier Messiaen, dont la musique ignore les frontières tant spatiales que temporelles : impossible de la rattacher de manière exclusive à un pays, à une époque...

  • Le libertin de Glyndebourne — Par Jean-Luc Macia

    Critiques - Igor Stravinsky savait tout faire, pulvériser les sonorités d’un orchestre post-romantique comme s’approprier la rigueur de la musique sérielle ; et même pasticher l’art baroque et classique. Ce qu’on lui reprocha souvent. La création de son opéra The Rake’s Progress (« La carrière d’un libertin ») à Venise en 1951 fut loin d’être un triomphe. Pourtant, cet ouvrage, où Stravisnky s’amusait à se démarquer du langage de l’opéra du XVIIIe siècle avec sa découpe en récitatifs, arias et choeurs, et l’utilisation d’un clavecin, s’est imposé peu à peu au répertoire des grandes salles lyriques. Comment ne pas être captivé par cette histoire de l’ascension et la chute d’un jeune homme séduit par les promesses d’un Méphisto propre sur lui ni ravi par une partition d’une légèreté sonore et d’une efficacité dramatique prenantes ?...