Théorie du champ

Séminaires sur le concept de champ, 1972-1975

by Pierre Bourdieu

Note sur quelques lectures du concept de champ

by Patrick Champagne

Les think tanks dans le champ du pouvoir étasunien

by Thomas Medvetz

L’ensemble des approches regroupées sous le label de « field theory » a beaucoup retenu l’attention de la sociologie étasunienne au cours des dernières décennies. Confrontant la théorie des champs de Bourdieu à celle des « strategic action fields » récemment développée par Fligstein et McAdam, cet article montre que la première est à la fois plus exigeante et plus souple que la seconde qui repose sur un concept largement autonome. Là où le « champ » de Fligstein et de McAdam est surtout un dispositif opérationnel aspirant à fournir un instrument de mesure statistique, Bourdieu propose un concept « ouvert » qui prend toute son ampleur lorsqu’il est mis en relation avec les autres outils de son programme théorique. La démonstration s’appuie sur une enquête qui a été consacrée à la politique des « think tanks » aux États-Unis. Elle met en avant que les think tanks gagnent à être pensés comme constituant un champ hybride et interstitiel.

Les usages internationaux de la notion de champ juridique

by Yves Dezalay

L’histoire du système juridique étasunien est à première vue très différente du cas français. Une analyse en terme de champ reste néanmoins pertinente parce qu’elle permet de mettre en évidence un système de forces structurales en s’appuyant sur trois préceptes méthodologiques fondamentaux : s’interroger à partir d’une problématique sociologique sur la diversité des fractions dont les oppositions et la complémentarité sont constitutives des champs juridiques ; inscrire l’histoire des champs juridiques dans une sociologie des champs du pouvoir d’État, ainsi que dans une sociologie de la reproduction des élites ; prendre en compte à la fois la spécificité des champs nationaux en les inscrivant dans une histoire globale dont les agents du droit ont été à la fois les produits et les instruments. Les alliances sociales et politiques, qui sont indispensables à la production de nouveaux savoirs juridiques, leur imposent aussi des objectifs stratégiquement définis et délimités. Aux États-Unis, cela passe par la mobilisation des sciences sociales et notamment la sociologie au service de politiques juridiques – comme la promotion de nouveaux droits sociaux – qui ne parviennent à leur fin qu’en fondant à leur tour de nouvelles orthodoxies juridiques.

Le champ est-il national ?

by Gisèle Sapiro

La théorie de la différenciation sociale au prisme de l’histoire globale.

Héritiers et outsiders : sur la noblesse d’État norvégienne

by Johs. Hjellbrekke, Olav Korsnes

Cet article traite de la contribution de la théorie des champs de Pierre Bourdieu à des études comparatives du champ du pouvoir dans différents pays. En retenant, comme cas empirique, l’exemple de la Norvège, il traite des difficultés méthodologiques que comporte la mise en évidence des structures de l’espace social et du champ du pouvoir. Ensuite, il insiste sur la différence essentielle, mais souvent négligée, entre généralisation empirique et généralisation théorique. L’apport principal de l’exploitation, à l’aide de l’analyse géométrique des données, de l’édition 2000-2001 de la Norway Leadership Survey est de montrer qu’il existe en Norvège une dynastie politique dont les membres circulent régulièrement entre les secteurs et les positions les plus élevés de la société norvégienne, ainsi qu’une opposition structurale entre « héritiers » et « outsiders ». Ces résultats n’illustrent pas seulement la validité du cadre d’analyse proposé par Bourdieu pour étudier d’autres cas nationaux que la France ; ils montrent aussi que son approche peut renouveler l’étude des processus du changement social dans d’autres sociétés que la France.

Géométrie du champ

by Frédéric Lebaron, Brigitte Le Roux

La notion de champ a fait l’objet d’un travail de formalisation implicite depuis que Pierre Bourdieu a développé, dans les années 1960 et 1970, une approche relationnelle de l’espace social. Celle-ci l’a conduit à promouvoir une conception spatialisée du social, qui s’est épanouie avec le recours à l’analyse géométrique des données (AGD) dans l’analyse empirique des champs. L’AGD permet de mettre en œuvre un programme de recherche systématique d’étude des champs qui part de la description et se poursuit jusqu’à une démarche explicative.

L’analyse des correspondances et la construction des champs

by Julien Duval

Si l’usage de l’analyse des correspondances peut être très utile à l’analyse des champs et des espaces sociaux, il se heurte potentiellement à des malentendus. Pour surmonter ces malentendus, il faut prendre en compte la réflexion très élaborée qui le sous-tend et qui touche à des aspects généraux de l’utilisation des statistiques en sociologie. Cet article souligne d’abord l’enracinement des pratiques statistiques de Pierre Bourdieu dans une tradition sociologique ancienne mais souvent méconnue. Il insiste ensuite sur l’étape fondamentale de la construction des données et montre le rôle que la théorie des champs joue dans cette étape. Enfin, il met en valeur que l’analyse et l’interprétation des résultats d’une analyse des correspondances multiples participe d’un rapport en quelque sorte dialectique à l’outil statistique qui prend en compte à la fois les propriétés géométriques de l’outil et ses limites, les champs ne paraissant pas intégralement écrits en langage mathématique.