Mario Ruspoli et le cinéma direct

Mario Ruspoli et le cinéma direct

La production Argos Films édite chez Montparnasse le premier coffret DVD des principaux films du cinéaste. Profitant de cette accessibilité nouvelle, Décadrages a choisi de consacrer son 18e numéro à l’apport fondamental de Mario Ruspoli dans l’émergence, vers 1960, du cinéma documentaire en caméra légère, afin d’éclairer le contexte technique, discursif, théorique et artistique de cette production. Ce volume espère ainsi pallier cette méconnaissance de Mario Ruspoli en proposant, à travers cinq articles, la première publication universitaire sur ce cinéaste franco-italien.

Regards sur l’“impouvoir : le cinéma direct” de Ruspoli, de la terre à l’asile

by François Bovier

Cet article examine les deux documentaires les plus connus de Mario Ruspoli : Regard sur la folie et Les inconnus de la terre (1961). Après un rappel historique de l’émergence du "cinéma direct" en France, au Canada et aux Etats-Unis, François Bovier aborde ces deux films via la notion d’"impouvoir" posée par Antonin Artaud, et dégage la position profondément humaniste de Ruspoli vis-à-vis des personnes filmées. Il montre ainsi, à l’aune des théories du cinéaste, la place fondamentale que ses films donnent à la parole des paysans et des "fous".

“Cinéma-vérité ou cinéma direct”: hasard terminologique ou paradigme théorique

by Séverine Graff

Cette étude se penche sur l’avènement et le succès du terme "cinéma direct", et soutient qu’au-delà d’une question strictement lexicale, les tensions terminologiques entre le "cinéma-vérité" proposé par Jean Rouch et Edgar Morin et l’étiquette "cinéma direct" reflètent des disparités théoriques plus larges entre deux conceptions du documentaire léger.

“Regard sur la folie”: poétique et politique de la folie et du cinéma

by Mireille Berton

Partant d'une riche contextalisation de St Alban, institut pionnier dans la psychiatrie institutionnelle (ou anti-psychiatrie) situé au centre d’un réseau intellectuel, humain et artistique extrêmement dense, cet article montre combien le cinéma de Ruspoli et cette institution dirigée par le Dr Tosquelles partagent une sensibilité commune, forgée par le surréalisme, pour la folie: l’approche des psychiatres de St Alban et celle de l’équipe de tournage prônent une déhiérarchisation des "couples" filmant / filmé, personne "saine" / malade.

Mario Ruspoli et “Méthode I”. Le cinéma direct pour le bien commun

by Caroline Zéau

Cette analyse dévoile un film dont l’importance technique, institutionnelle et pédagogique est inversement proportionnelle à sa renommée : Méthode 1. Réalisé pour la RTF en 1963, ce moyen métrage est a priori un travail pédagogique qui a pour but de montrer les possibilités des appareils légers. Caroline Zéau approfondit cette lecture en postulant que cet "exercice de cinéma direct" possède aussi une très forte valeur de manifeste, défendant une conception idéaliste du "cinéma direct": celle d’une expérience collective au service de la communauté, idéologie que partagent des institutions telles que l’ONF, la RTF ou l’UNESCO, toutes très actives dans le développement du "cinéma direct".

Dispositif léger et synchrone appliqué: le tournage “direct” de Mario Ruspoli

by Vincent Bouchard

Cette étude revient sur l’apport fondamental de Ruspoli dans l’émergence des techniques légères en France et sur les implications éthiques et philosophiques de telles découvertes. Vincent Bouchard rappelle ainsi que, grâce à l’aide des opérateurs Michel Brault et Roger Morillère, Ruspoli tourne en 1961 le premier documentaire français dans lequel la prise de son est totalement synchronisée aux images: Les inconnus de la terre.

Comment faire d’un artiste contemporain un auteur de cinéma ?

by Nicolas Brulhart

L’hommage de Locarno à Philippe Parreno. L’édition 2010 du Festival international du film de Locarno a rendu hommage à l’artiste contemporain Philippe Parreno en proposant une rétrospective partielle de ses films. A l’occasion de la discussion publique organisée par le festival entre Philippe Parreno et Hans Ulrich Obrist, le curateur et actuel directeur de la Serpentine Gallery de Londres, Olivier Père, le nouveau directeur du festival, a introduit l’artiste en qualifiant la bande-annonce d’Invisible Boy (2010), le nouveau projet cinématographique de Parreno, comme comptant parmi les "plus belles images de cinéma qu’on ait pu voir cette année au festival".

Europa 2005 / 27 octobre, ou la répétition dans le ciné-tract de Jean-Marie Straub

by Nicolas Brulhart

Dans le cadre du Festival international du film de Locarno, qui se présente dans le calendrier du cinéphile comme une distraction estivale, la projection du cinéma de Straub fait figure d’ovni. Elle se démarque du reste de la production, en la désignant comme inopératoire, affectée d’une éthique trop humaine, conduisant à des choix esthétiques qui ne permettent pas de penser le cinéma dans son rapport au monde. On a pu qualifier cette radicalité d’antipathique, voire de pure posture. Le cinéma de Straub, mais aussi Film: Socialisme de Jean-Luc Godard et le film Les champs brûlants qui part à la recherche des restes du cinéma politique en Italie sont, dans le festival, les derniers tenants d’un formalisme politique qui a émergé dans les années soixante dans le contexte des luttes sociales d’alors. Ce formalisme est devenu inactuel, comme le suggère peut-être l’équation de ce titre: Film: Socialisme.

“Pepperminta” : hypnose colorée entre vidéo et cinéma

by Mélissa Rérat

Pepperminta (2009) est le premier long métrage de la vidéaste suisse Pipilotti Rist. Présenté en salles de cinéma et en festivals, il est toutefois difficile de le considérer uniquement et entièrement comme cinématographique. Le malaise ou l’hésitation s’expliquent principalement par la carrière artistique de la réalisatrice et par le contenu, la structure et l’esthétique du film. Habituée aux expositions en galeries et en musées, Pipilotti Rist franchit la ligne de démarcation, certes de plus en plus fine et floue à l’heure actuelle, entre le monde de l’art contemporain et celui du cinéma.