Elephant de Gus Van Sant

Les écarts de Gus Van Sant

by Edouard Arnoldy

Auteur d’un ouvrage récent sur l’œuvre de Gus Van Sant paru chez Yellow Now, Edouard Arnoldy envisage ici le travail du cinéaste à la croisée de dispositifs médiatiques et artistiques contemporains, dégageant parentés et différences. Il aborde ainsi, à travers Elephant et d’autres films de Van Sant – notamment Mala Noce et Psycho – la façon dont les images du cinéaste voisinent avec d’autres issues de la photographie, de la télévision, de la vidéo, du super-8 et des jeux vidéo. Cette réflexion permet de saisir la place de l’œuvre du cinéaste dans le paysage des images d’aujourd’hui.

“Elephant”: misère de l’adolescence dans une modernité en crise

by Alice Laguarda

L’article montre comment Gus Van Sant s’inscrit, à travers sa représentation de la société et plus particulièrement d’adolescents plongés dans un monde d’incommunicabilité, dans le double héritage culturel du romantisme (le conflit entre passion et raison) et de la modernité (la crise des sociétés occidentales telle que l’a envisagée Hannah Arendt). L’auteure compare Elephant à d’autres œuvres du cinéaste (dont Gerry) et d’autres réalisations telles que Orange mécanique de Kubrick, démontrant que cette oscillation affecte à différents égards l’esthétique du film et les modalités de représentation des personnages et de la violence.

Ludwig Van Beethoven-Gus Van Sant: vers un idéal romantique. Musique et silence dans Elephant

by Gaspard Vignon

Cet article est consacré à la dimension sonore et musicale d’Elephant, film dont on montre qu’il réussit à rendre le "silence" proprement assourdissant. L’auteur examine dans une perspective musciologique la façon dont la musique concrète de Hildegard Westerkamp contribue à rendre la solitude des jeunes gens errant dans le labyrinthe de l'adolescence et constitue un chaos sonore duquel s’extraient deux morceaux de Beethoven. En prenant en compte les discours portant sur ces œuvres musicales de Beethoven, l’auteur s’interroge sur le sens que leur donne le film, où le personnage d’Alex rejoue ces morceaux qui furent originellement composés comme de véritables lettres d'amour, pleines d'une mélancolie contemplative. Contrairement à Alex (DeLarge) dans Orange mécanique qui se servait du versant jubilatoire de la musique de Beethoven pour y puiser toute son énergie morbide, le lycéen homonyme d’Elephant exprime le non-dit de sa condition à travers une musique qui accompagne les adolescents dans leur solitude, mais qui les ramène aussi à leurs rêves, la tête dans les nuages.

L’oeil d’Elephant: l’espace d’un regard

by Alain Boillat

Cette étude envisage le film de Gus Van Sant à partir des théories de l’énonciation narrative, rediscutées à travers cet exemple singulier où le spectateur est convié – du moins en apparence – à adopter successivement, grâce à une "caméra subjective" dont on sonde toute l’ambiguïté, le point de vue de différents personnages. Ce contexte théorique permet de dévoiler certains mécanismes de l’organisation du film et les raisons de l’enraiement de l’identification aux figures de l’écran, fantômes qui semblent s’effacer devant une présence appuyée de la caméra rappelant qu’il s’agit avant tout d’un regard porté sur un fait divers, non d’une explication basée sur des phénomènes d’intériorisation psychologique –Elephant trouve à cet égard, comme l’auteur le montre ici, une position intermédiaire entre le film homonyme réalisé par Alan Clarke en 1989 pour la BBC et Bowling for Columbine de Michael Moore (2002). On y envisage la démarche du cinéaste de façon concrète, comme une manière d’arpenter un espace en prenant des personnages en "filature".

Elephant ou les jeux vidéo en trompe-l’oeil

by Selim Krichane

Cet article questionne l’emploi dans Elephant des travellings avant "à la troisième personne" qui miment les codes des jeux vidéo. Par l’utilisation généralisée de ce procédé – allant de pair avec une construction spatio-temporelle "continue" - ainsi que des allusions directes aux First Person Shooters, le film de Gus Van Sant propose un discours sur les objets vidéoludiques qui s’inscrit, en partie, dans le sillage des prises de position "alarmistes" qui font florès dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Il constitue néanmoins, selon des modalités analysées ici, un exemple inédit d’intermédialité, entre cinéma et jeux vidéo.

Elephant Men: la dialectique du pachyderme. Pour une visibilité du genre

by Charles-Antoine Courcoux

En partant de la réception critique très "auteurisante" qu’a reçue Elephant à l’occasion de l’obtention de sa Palme d’or au Festival de Cannes, l’auteur propose une analyse du film dans une perspective genre (gender) qui souligne la propension des lectures issues de la presse française à occulter la dimension masculiniste du discours tenu par le film pour se concentrer sur la "singularité" des choix esthétiques de Gus Van Sant. Elephant est aussi par le biais des modalités de représentation qu’il convoque en termes de genre. Grâce à une analyse précise des liens qui se tissent travers le film entre les personnages et de la caractérisation de ces derniers, l’auteur montre en quoi le film de Van Sant reconduit certains stéréotypes dominants de la représentation des genres à l’écran.