Natures mortes

Still Lifes

by Eileen Myles

Dès que j’ai l’occasion de faire des fautes en anglais, je suis ravie. Le pluriel « still lifes » devrait être incorrect, et pourtant, ce n’est pas le cas. Et finalement, parler de « still lives », ça ferait très talk-show sur « les femmes et la résilience ». Et plutôt que vous faire une relecture de Susan Sontag ou de Roland Barthes, qui ont écrit des ouvrages essentiels sur la photographie, je vais me contenter de mentionner que j’ai bien lu ces livres, qu’ils sont là, quelque part, dans ma bibliothèque. À vrai dire, j’ai lu une tonne de bouquins sur la photographie, et je sais deux ou trois trucs là- dessus. Par exemple, que la photo a commencé avec des clichés de corps nus ou de corps morts. N’est-ce pas intéressant ? Je suis assez déçue, d’une manière plus générale, que personne n’ait songé à présenter à Vice une photographie de vomi sur un trottoir, ça aurait fait une très belle nature morte, selon moi. Il m’a d’ailleurs été difficile de ne pas proposer mes propres photos. Des boules à thé avec de tout petits ours accrochés aux chaînes qui pendent dans des tasses trop décorées. D’ailleurs, pas plusieurs tasses de ce genre, juste une. Il faut le dire, tout le monde est dingue de ses propres trucs. Je suis assise ici, dans le cabinet de curiosités d’Eileen, et tout ce que je vois me comble de bonheur. Les draps rouges, le grand tableau, la drôle de petite carte postale qui montre Shirley Temple en train de fumer. (...)

Natures mortes

Numéro spécial : photographies