Numéro 28

Employés du mois

- Patrick Tsai n’a jamais pris une seule photo qui ne nous ait pas fait pousser un « oooooh » attendri. La première fois qu’on est tombés sur son travail, il était la moitié de My Little Dead Dick – notre duo d’amoureux de la photo préféré. Après avoir fait ses études à New York, Patrick est parti pour Taiwan, sa terre natale, où il a gagné sa vie en écrivant pour une série pour enfants racontant les aventures d’un savant fou. Quoi d’autre… - Alain Della Negra est artiste, vidéaste et documentariste. Depuis 2003, il bosse avec son acolyte Kaori Kinoshita sur des projets bizarres, drôles et géniaux où il est question de « questionner les liens qu’entretient l’homme avec ses différents avatars », ce qui se résume souvent à rencontrer des gens très curieux. Après avoir tourné un premier long métrage documentaire intitulé The Cat, the Reverend and the Slave, une réflexion sur Second Life et les mondes virtuels, Alain et Kaori ont dirigé leur entreprise du côté des « hommes-mutants », ces peuplades qui croient en des trucs tels que les couleurs, les arbres et l’apocalypse dans un an. (...)

Le presque taureau par les cornes

by Vice Staff · illustrations: Vice Staff

Les combats de vaches suisses sont notre nouveau sport préféré. Aproz se situe dans une région montagneuse ­retirée du sud-ouest de la Suisse. C’est un endroit où la population locale anticipe anxieusement de ­violents combats entre des adversaires qui ont des noms comme « Dynamite » ou « Tyson ». Ces gladiateurs de 640 kilos ne sont pas très dangereux d’ordinaire, mais une fois par semaine, pendant l’été, les vaches les mieux bâties (on parle de mamelles hein, pas de couilles) sont marquées de numéros blancs et conduites dans un cercle poussiéreux entouré de gradins.

Les Tunisiens du gymnase de la Fontaine au Roi

by Elvire Camus · illustrations: Melchior Ferradou-Tersen

S’ennuient beaucoup et n’ont pas l’air d’aimer le sport... Le gymnase de la Fontaine au Roi, dans le quartier de Belleville, appartient à la mairie du 11e arrondissement. Deux fois par semaine, des employés municipaux menacent ses occupants d’expulsion sous prétexte qu’ils sont trop crades et « pas assez organisés ».

C’est un honneur de vous rencontrer, Rainbow Guy

by Hannah Brooks · illustrations: Olivier Purser

Parlez-nous un peu de votre tunnel souterrain vers nulle part Il y a trente ans, Rainbow Guy (alias Guy Feldmann) a eu une révélation divine qui l’a conduit à renoncer à son mode de vie de gitan hippie, à se ranger, et à poursuivre deux missions cruciales : construire le Temple, un lieu de rassemblement œcuménique dédié à la quête de la vérité, et creuser un tunnel souterrain sans destination.

Le Tinkle Tweaking

by Docteur Nephros Ouron · illustrations: Docteur Nephros Ouron

Ou : l’art et la manière d’extraire de la meth à partir de sa propre pisse En 1669, l’alchimiste allemand Hennig Brandt a réchauffé une cornue contenant 1 453 gallons soit 5 492 litres d’urine putrescente (dont le symbole alchimique est « □ »). Il a alors constaté que le liquide se transformait en sels, en huiles, puis en vapeurs avant qu’une substance lumineuse ne déborde du bec de la cornue pour se jeter dans l’eau. Brandt avait fabriqué du phosphore blanc, un élément chimique inconnu à l’époque, présent dans (presque) tous les organismes vivants et isolé pour la première fois depuis l’Antiquité.

Les mutants sont parmi nous

by Julien Bécourt · illustrations: Alain Della Negra, Kaori Kinoshita

Alain Della Negra et Kaori Kinoshita nous parlent des communautés qui peuplent leur nouveau documentaire. J’ai fait la connaissance d’Alain Della Negra et Kaori Kinoshita après une projection de The Cat, the Reverend and the Slave, leur premier long métrage documentaire tout juste sorti en DVD. On y découvrait le quotidien des êtres insolites qui peuplent Second Life : furries, transgenres SM ou prêcheurs virtuels. Le deuxième volet, actuellement en préparation, se penche sur la figure du mutant. « Nous sommes partis à la rencontre d’une autre figure de l’avenir, explique Alain Della Negra, un homme conscient des limites d’un monde soumis aux logiques matérialistes, productivistes et rationnelles. Ces êtres ont développé une hypersensibilité à des forces invisibles, de nouvelles sensations auxquelles correspondent des formes inédites de solitude ou de communauté. Leur sentiment, c’est que l’humanité est au bord du précipice et qu’elle amorce une phase de transition vers une ère nouvelle. C’est ce qui nous a poussés à les rencontrer. »

Des graffitis pour génocides

by Giacomo Cosua · illustrations: Giacomo Cosua

Des soldats néerlandais ironisent le massacre de Srebrenica avec des gribouillis débiles En juillet 1995, l’armée serbe a pris le contrôle de la ville de Srebrenica et tué plus de 8 000 musulmans bosniaques. Il s’agit du pire massacre commis en Europe depuis la seconde guerre mondiale. Le plus perturbant, c’est que la région était prétendument une « zone sûre » sous le contrôle de l’ONU. Le récent transfert au TPIY de La Haye du commandant des forces serbes de Bosnie, Ratko Mladic, va peut-être contribuer à apporter des éclairages à des questions demeurées jusque là sans réponse.

La petite boutique des horreurs

by Andy Capper · illustrations: Martin Parr

Les bibelots à l’effigie de Ben Laden ont le vent en poupe Martin Parr, en plus d’être l’un de nos dieux, est aussi l’un des plus grands photographes anglais contemporains. Mais peu savent qu’il verse dans la mémorabilia déconneuse inspirée par les terroristes, les dictateurs et autres personnages tristement célèbres. Pour être honnête, je collectionne aussi ce genre de trucs ; le fait qu’on partage ce hobby m’a aidé à me dire que finalement, ça n’était pas si terrible de posséder des dizaines d’objets à l’effigie de monstres spécialisés dans les crimes contre l’humanité.

Au coeur de la noirceur

by Jason Mojica · illustrations: Tim Freccia

On a passé au crible l’économie du conflit au Congo. Marcher dans la jungle, au cœur de la nuit, avec un groupe de rebelles rwandais réputés pour leur propension à tuer et violer n’était pas, à proprement parler, ce que nous avions prévu en planifiant notre premier voyage en République démocratique du Congo. Tout ce qu’on voulait, c’était réaliser un petit documentaire sur la controverse qui entoure les « minéraux du conflit » – ceux qui permettent à nos téléphones portables de fonctionner –, balancer quelques références à Conrad et boire une Primus. Juste une.