Fiction 2013

Pas exactement ça

by Pauline Klein · illustrations: Anna Wanda

Le garçon qui a écrit cette nouvelle avait 20 ans lorsque je l’ai rencontré. Il est venu s’installer ici, dans une chambre de bonne située au-dessus de notre salon, et j’ai tout de suite aimé sa présence. Lorsque je l’ai connu, il m’a dit qu’il s’appelait Gabriel, mais un jour qu’il était enfermé à l’extérieur de chez lui, il est passé chez moi, et nous avons fait appel à un serrurier. Lorsque sa porte s’est enfin ouverte, j’ai aperçu sur son petit bureau une photocopie couleur de son passeport où il était inscrit, à côté de sa photo : Neto Harrington, ou Neto Hawington, quelque chose comme ça ; Neto en tout cas. Il m’a souri, il a dit : « Merci », et j’ai compris que ça n’était pas la peine que je reste trop longtemps chez lui. Je choisis de lui dire comme ça, en introduisant cette nouvelle qu’il publie pour la première fois, que ça ne change pas grand-chose pour moi. Ce sont ses secrets, et ils ne regardent que lui. « Ils ne regardent que moi. Ils me regardent très fixement. » Je l’entends dire ça d’ici.

Écrivez votre propre roman sentimental français!

by Julie Le Baron · illustrations: Roca Balboa

Entre 2010 et 2012, la maison d'édition Amorosa a publié plusieurs dizaines de « romans sentimentaux optimistes » dont la particularité était d'offrir des héros et des intrigues exclusivement francophones à ses lectrices insatiables. À cause des mauvaises ventes et de sa rivalité directe avec le géant Harlequin, elle a cessé de publier l'année dernière, laissant derrière elle une kyrielle de livres aux couvertures rose pâle et de nombreuses romancières orphelines. Deux d'entre elles, Hélène Caussignac et Nathalie Charlier (respectivement auteures d'Extrême attirance et d'Un mensonge pour être aimée), m'ont refilé quelques conseils pour écrire un roman à l'eau de rose aussi français que Jean-Pierre Marielle.

Malibu

by Ottessa Moshfegh · illustrations: Thomas Northcut/Getty

Pour toucher l’argent du chômage, je devais remplir la liste de tous les boulots auxquels j’avais postulé. Mais j’avais postulé nulle part. J’ai juste écrit « juriste » et j’ai inventé un numéro. Puis j’ai écrit « assistant juridique » et j’ai mis le même numéro. J’ai continué comme ça. « Concierge dans un cabinet d’avocats. » J’ai regardé le numéro que j’avais inventé. J’ai essayé de l’appeler. Ça a sonné, sonné. Puis une femme a décroché.

Quelques sort du Kâmasûtra dont toutes les femmes devraient connaître l’existence

illustrations: Julia Scheele

Comme la plupart des écrits très anciens, le Kâmasûtra peut être interprété de différentes façons : une fenêtre sur l’état d’esprit et les coutumes d’une culture qui a depuis disparu, ou un simple guide pratique pour piner. Mais ce texte hindou vieux de mille cinq cents ans est aussi rédigé de façon à ce que les femmes (et les hommes) de n’importe quelle époque puissent le trouver utile. En voici quelques extraits (il faut garder à l’esprit que le terme « yoni » signifie « vagin »).

Yusef Le suceur de cheveux

by Aline Kominsky-Crumb

Le chat d'Aline Kominsky a un fétiche pour les cheveux, et pour les toilettes des hommes.

Faillir être flingué

by Céline Minard · illustrations: Marion Duquesne

Lorsque Elie eut juré, sacré, craché par terre et grogné tout son saoul, il se résigna à son sort qui n’était que justice puisqu’il avait oublié le seul principe valable en ce monde, acquis dans les bars les plus fameux : on peut tout perdre au jeu sauf son cheval. Parce qu’il faut tout de même une monture pour détaler d’un saloon à la vitesse généralement requise à ce stade de la partie.

De la cuisine pour quand vous faites ce truc qui s’appelle lire

illustrations: Rich Guzman

Voici quelques propositions de plats pour accompagner les articles de ce numéro, écrits par quelques-unes des écrivaines elles-mêmes.

Aline Kominsky a besoin de plus d’amour

by Caroline Dumoucel · illustrations: Aline Kominsky-Crumb

Aline Kominsky est « la grand-mère du comics de l’épanchement ». Comme le rapporte Hillary Chute, prof à l’université de Chicago et spécialiste en BD, elle a créé ce qui est considéré comme le premier comics autobiographique féminin avec « Goldie : A Neurotic Woman », sorti dans le premier numéro de Wimmen’s Comix, en 1972. Aline a étudié les Beaux-Arts à la Cooper Union, à New York, puis à l’université d’Arizona, avant de découvrir Justin Green et de déménager à San Francisco pour dessiner des comics. Là, cette jewish princess de Long Island, fille d’une mère hystérique et d’un voyou raté, vit l’âge d’or du psychédélisme, participe activement au comics underground – Manhunt, Dope Comix, Arcade –, fonde plusieurs revues dont Twisted Sisters et Power Pak et rencontre Robert Crumb. Avec lui, elle fonde la revue Weirdo qu’elle mènera à son 27e numéro (celui avec le verre d’eau en couverture). Dans les années 1990, après plusieurs collaborations avec son conjoint – notamment Dirty Laundry –, ils produisent ensemble des strips pour le New Yorker et Aline sort son chef-d’œuvre, Need More Love, une compilation de ses comics, peintures, textes et photos.

Bitches be writing

by Émilie Laystary · illustrations: Kara Crabb

1634-1693 MADAME DE LA FAYETTE Voltaire a écrit : « La Princesse de Clèves de La Fayette fut le premier roman où l’on vit les mœurs des honnêtes gens décrites avec grâce. Avant elle, on écrivait d’un style ampoulé des choses peu vraisemblables. » Voltaire a dit pas mal de conneries dans sa vie, et je pensais que cette citation en faisait partie jusqu’à ce que je me penche sur ce roman où toutes les femmes portent de la dentelle. Ce jour-là, j’ai réalisé que ce philosophe relou avait raison.

Étude de cas n°2: Reconnaissance du soi

by Sarah Hall · illustrations: Klone Yourself

Lorsque Christopher est arrivé ici pour sa première évaluation, il n’avait rien d’un garçon normal de 8 ans. Chez lui, on distinguait plusieurs caractéristiques sauvages – cheveux longs, signes de déclin dentaire, taches marron dues à une infection parasitaire. Il oscillait entre des accès de froideur extrême et d’autres d’énergie intense au cours desquels il s’emparait d’objets et les examinait avec précision – il avait l’air particulièrement transporté par la collection d’ammonites et de spécimens géologiques disposés sur mes étagères. Il n’était pas non plus habitué aux codes et règles sociales les plus élémentaires – par exemple, trouvant ses chaussures inconfortables, il les a enlevées et s’est mis à en mâcher les semelles. Lorsqu’il parlait, il utilisait un mode de communication singulier et fascinant au sein duquel il remplaçait le pronom personnel « je » par « nous ». « Nous voulons revenir à Lea », m’a-t-il dit. Christopher a été amené en consultation après son hospitalisation due à une perte de poids extrême. À l’époque, il venait d’être déplacé de chez lui – un village à flanc de montagne nommé Brant Lea, près de K-Town (une petite communauté isolée du nord de l’Angleterre) –, et vivait depuis peu dans une famille d’accueil.

Les recouvreurs

by Gabrielle Bell · illustrations: Gabrielle Bell

Vous voyez ces écoles de coiffure où vous allez parce que c'est pas cher, sauf que vous en ressortez pire qu'avant et que vous devez aller dans un salon hors de prix juste pour rattraper les dégâts ? Bah, croyez-moi, méfiez-vous des écoles dentaires.

Le Nécrophile, pages du journal de Lucien N., perdues puis retrouvées

by Gabrielle Wittkop · illustrations: Florence Lucas

Gabrielle Wittkop est notre auteure préférée de tous les temps. Elle est morte en 2002, à l’âge de 82 ans – « Je veux mourir comme j’ai vécu : en homme libre. » Elle a écrit des bouquins qui devraient tous être dans votre bibliothèque ; pour n’en citer que deux, Sérénissime Assassinat, où des Vénitiens du XVIIIe passent leur temps à s’empoisonner les uns les autres, et Le Nécrophile – à notre connaissance, le seul truc jamais écrit qui parvient à rendre excitante l’idée de baiser des cadavres. Après quelques recherches, on a eu vent d’un texte jamais paru qui viendrait en complément du Nécrophile, des pages perdues puis retrouvées du journal de Lucien N., le héros du livre. On est fiers de vous présenter ici ce texte inédit.

Des écrits de fillettes

Vous connaissez ce cliché selon lequel les écrivains affûteraient leur plume depuis qu’ils sont en âge de penser ? C’est vrai, sauf que bien entendu, la vaste majorité des p’tits loups, même ceux qui finissent par devenir des écrivains à succès, ne sont pas toujours des enfants prodiges. Dans leur tendre enfance, ils pondent les mêmes textes adorables et débiles, écrits en prose ou en vers, que ceux auxquels on peut s’attendre de la part de petits êtres qui viennent tout juste de s’extirper de la cavité vaginale de leur mère. Voici une sélection de textes pondus par de jeunes écrivaines prometteuses à une époque où elles portaient encore des robes à smocks.