Créer une Alerte

Numéro 100

numéro 100
date 01/2013
revue Brèves
périodicité trimestriel
Univers Littérature
partager
kiosque

Passer le numéro 100, c’est comme passer la ligne. On n’y coupera pas ; il faudra bien faire quelques discours et faire sauter quelques bouchons. Mais en attendant, il faut l’achever. Encore quelques mots à écrire, on peut maintenant le regarder droit dans les yeux ce numéro, il existe. Exceptionnellement, il aura un édito, première différence. On lui a réservé ces quelques pages, c’est presque une préface ! Deuxième différence, nous l’avons composé sur un thème. Les écrivains ont souvent du mal à comprendre comment nous composons les numéros. Nous n’avons quasiment jamais proposé un thème aux auteurs, ni sélectionné un sujet comme c’est le cas pour ce numéro. Nous lisons tous les manuscrits reçus, nous notons les nouvelles qui nous semblent intéressantes, celles qui nous semblent de belle écriture, celles dont le mécanisme fonctionne
bien, etc. Bref, nous les repérons, aidés par des lecteurs, parfois de fortune, parfois de passion. Et lorsque vient le moment de publier un numéro, nous le mettons en chantier en assemblant des textes, partant la plupart du temps de l’un ou de l’autre, les ordonnant, les mêlant, les accouplant ou les opposant. C’est ainsi que naissent les numéros de Brèves et ce n’est que lorsque nous les trouvons achevés, ou presque, que nous leur cherchons un nom générique, un mot qui convient à chacune de ces nouvelles comme à leur ensemble.

  • L’homme au journal d'hier — Par Pierre Minot

    Ce soir, il y a eu un dîner. Ivan a lu quelques-uns de ses poèmes. Le temps qui suit un poème d’Ivan n’est plus jamais le même. Il change quelque chose. Quelque chose que vous ne pourriez pas nommer. Quelque chose d’impitoyable qui vous ébranle et vous rend différent pour longtemps. C’est pour cela que j’ai peur pour Ivan. Et pour moi.

  • Le salon des écrivains fantômes — Par François Teyssandier

    Vous l’avez raté de peu, il vient juste de partir ! s’écria la jeune femme d’une trentaine d’années qui dirigeait le stand des éditions de L’Astrolabe, spécialisées dans la littérature sud-américaine. Elle me sourit de façon machinale, sans trop prêter attention à ma personne, comme si elle jugeait ma présence assez inopportune, pour ne pas dire incongrue. Pourtant, je ne risquais pas de perturber la vente des livres que le stand proposait aux acheteurs éventuels, car de toute évidence il n’y avait personne d’autre que nous deux.

  • Lecture à haute voix — Par Guy Chaty

    Dernièrement, j’ai voulu m’initier, dans un groupe, à la lecture à haute voix. Les participants, écrivains ou poètes, avaient senti la nécessité d’une formation dans ce domaine. Bien sûr, la lecture à haute voix existe de longue date, utilisée aussi bien par les grands classiques pour tester leurs oeuvres sur leurs proches, que par les élèves de l’école primaire ânonnant des textes pour l’apprentissage de la lecture.

  • Inventaire — Par Matthieu Dhennin

    Le travail était simple et bien payé. La première fois que je me suis rendue dans la maison de la veuve, je me souviens très bien du soleil d’hiver qui se couchait sur la voie ferrée du RER. Les couleurs étaient sublimes et parvenaient à rendre admirable un paysage urbain désolé et quelconque.

  • Chi Meng, bien avant Gutenberg — Par Robert Curtat

    Printemps 1055 : la pluie rafale sur les tuiles vernissées vert et rouge des cornes du toit de la guilde des marchands du Gansu. De l’autre côté du rempart « Le fleuve jaune coule vers l’Orient Il coule sans répit. » nous dit le poète Wang Wei. Ce matin gris sur Kaifeng la capitale de l’empire des Song du Nord, la brume couvre au-delà des rives du fleuve le cordon de buissons maigres. Engoncé dans sa robe bleue qui distingue les étudiants et les lettrés, le cou serré et la taille lâche, Chi Meng semble indifférent au mouvement qui sourd du Palais impérial proche.

  • Terminus — Par Catherine Cleach

    Il y a de cela plusieurs années maintenant, tu m’as donné un texte que tu avais écrit. Je l’avais lu alors, et t’avais dit mon émotion. Je l’ai retrouvé au fond d’une armoire, l’autre jour, lors d’un rangement. Tu me l’avais envoyé par e-mail, et je l’avais imprimé, une cinquantaine de pages. Comme il n’y avait plus d’encre dans mon imprimante, le texte est très pâle au début, (ce sont les premières pages qui ont été éditées en dernier) les lettres sont gris clair puis deviennent noires au fil des pages, s’affirment au fur et à mesure. Tu m’avais dit l’avoir enregistré dans ta voiture pendant tes trajets vers ton travail. Tu occupais ainsi les longues heures passées dans les embouteillages.

  • Le livre — Par Jacqueline Dixon

    Tout est calme. L’abat-jour diffuse une lumière douce et paisible. La mère de Céleste est enfoncée dans le fauteuil profond. Céleste est assise sur ses genoux, au chaud dans ses bras. Elles sont bien. Sous leurs yeux, LE livre.

  • Les éclats de verre — Par Hervé Lapillonne

    Monsieur Stéphen avait regardé dans son enfance, le feuilleton télévisé « Le fantôme de Laure » et les apparitions du dieu moabite Belphégor l’avaient beaucoup impressionné. De même, il avait lu le célèbre roman « Le fantôme de l’Opéra » de Gaston Leroux et son imagination avait vibré au fil de cette présence qui éclatait parfois avec brutalité depuis les souterrains et les bas-fonds des lieux.

  • La femme du train — Par Pascale Yoko

    Une situation pareille, aussi inhabituelle, ne pouvait pas arriver à tout le monde. Se rendre à l’enterrement d’une femme que l’on ne connaissait pas. Ce genre de circonstance ne se produisait pas tous les jours. L’homme venait de recevoir le faire-part de décès d’une inconnue. Il en était fortement surpris car le nom de la femme ne lui disait rien, absolument rien, il ne se souvenait pas. Une coïncidence peut-être, ou une personne qui le connaissait. Mais qui ? Une erreur était possible.

  • Avenue Revolucion — Par Luc Marquez

    Je vais regarder par la fenêtre, attendant l’ultimatum: un enfant ou la séparation. L’avenue Revolucion gronde en contrebas. Trafic habituel, monstrueux, huit voies de front. L’avenue Revolucion est amnésique.
    — Tu préfères que je me fasse inséminer par un
    étalon anonyme ?
    — Mais je pourrais être grand-père !
    — Un peu de modestie, commence par être père.
    — Je suis trop vieux, Nena. Ton enfant a droit à un
    père jeune.
    — Tu ne joueras pas au foute avec lui, et alors ?
    — Il serait orphelin jeune.

  • L'espagnole — Par Dominique Picard

    Dans une propriété où nous occupons un bâtiment de ferme au milieu d’un champ d’oliviers recouverts de poussière blanche, nous sommes en sécurité et mangeons à notre faim. Des lits de fer sont alignés dans les greniers. Des fenêtres basses on voit encore des oliviers. Ma valise contient quelques effets de tissus légers, pour un mois. Les cours se font le matin dans la salle commune transformée en réfectoire, on nous promet des jeux l’après-midi.

  • 10 septembre, fin d'été — Par Frédérique Germanaud

    Sous le dos, le coton humide de la serviette de bain. De temps à autre elle entrouvre les paupières et, redressant la tête, vérifie : entre la pointe de ses pieds nus, du sable collé à la peau, une large étendue dorée, soyeuse sous le soleil bas, puis en second plan, ciel et mer mêlés en un bleu sombre, étal. La mer prise dans l’arrondi parfait de l’anse est un lac en cette fin d’après midi, rien ne l’anime, oiseau, brise ou nageur.

  • L'invitée: Claire Garate — Visuels : Claire Garate

    "Le hasard n'existe pas, il n'y a que des rendez-vous." Claire Garate, photographe, a pris Eluard au mot. Portraitiste, pour les Editions Robert Laffont, Le Cherche-Midi, Albin Michel, Maren Sell, photographe de plateau et reporter photo, elle a collaboré avec différents magazines : Le Point, Air France Magazine, Newsweek, Gault et Millau, Le Monde, Lire…

  • Relire Laurent de Jussieu — Par Eric Dussert

    Chez les Jussieu, on est savant de père en oncle, et vice-versa. Au point que la nation reconnaissante a consacré une université à la lignée. Le premier qui se hissa nettement au-dessus du panier fut le Lyonnais Antoine (1686-1758). Il faisait dans la botanique. Vinrent ensuite son frère Bernard (1699-1777), lyonnais lui aussi et botaniste tout de même, puis Joseph (1704-1779) et leur neveu Antoine-Laurent (1748-1836) dont la classification balaya carrément celle de Linné. Adrien (1797-1853), le fils du précédent, fut le premier Parisien natif de la famille, et il reprit le flambeau pour briller à son tour à l’Académie des Sciences. Et ça n’est pas tout… au point qu’Aimé Vingtrinier, aimable érudit lyonnais du XIXe siècle, entreprit d’établir quelques Documents sur la famille des Jussieu (Lyon, 1860) afin que l’on s’y retrouve.