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Hors d’état, l’État belge ?

numéro 4159
date 03/2012
revue Etudes
périodicité mensuel
Univers Société
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kiosque
  • De la dignité devant la fin de vie — Par Pierre de Charentenay

    Société - Le flou sur la définition du mot dignité alimente depuis des lustres le débat sur l’euthanasie. Il est à la source d’une nouvelle discussion qui a suivi le discours du candidat Hollande au Bourget, où sa proposition 21 déclare : « je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. » Il n’échappe à personne que ces termes calibrés au millimètre, et qui pourraient presque s’appliquer aux soins palliatifs, visent en fait l’établissement d’une législation sur l’euthanasie qui ne veut pas dire son nom.

  • Birmanie : la transition octroyée — Par Renaud Egreteau

    International - Étonnante Birmanie. Sous la coupe dirigiste de ses forces armées (Tatmadaw en birman) depuis un premier coup d’État en 1962, le pays fait rarement l’objet de commentaires élogieux. En laissant place en mars 2011 à un gouvernement civil issu des premières élections parlementaires organisées depuis 1990 – mais qu’elle avait strictement encadrées le 7 novembre 2010 – la junte au pouvoir n’a pas dissipé les doutes quant à l’effectivité de la transition qu’elle déclarait alors incarner. Pourtant, une année plus tard, le paysage politique birman apparaissait bien différent de celui que le général Than Shwe dominait jusqu’à son retrait début 2011. Aung San Suu Kyi, égérie de l’opposition démocratique depuis le soulèvement de 1988, a été libérée peu après les élections.

    Plan de l'article :
    Une logique interne
    Vertige des réformes
    Vers un désenchantement du monde
    Démocratiser par le bas

  • Hors d’état, l’État belge ? — Par Paul Piret

    International - Il va être question ici d’une incongruité absolue. L’actuel gouvernement fédéral belge a été installé le 6 décembre dernier, 541 jours après les élections du 13 juin 2010 qui le fondent. La vacance de pouvoir a même duré deux mois de plus, à remonter au déclencheur du retour précipité aux urnes, lorsque le gouvernement précédent se fracassa contre un récif communautaire (comprenons : un antagonisme entre néerlandophones et francophones) particulièrement pointu. Cette crise post-électorale la plus longue des annales belges – et même unique au monde à ce que l’on dit – a pulvérisé le record détenu jusque-là, à partir de juin 2007, par celle qui l’avait immédiatement précédée et qui l’a d’ailleurs portée en germe.

    Plan de l'article :
    Ferments de crise
    Impossible canevas électoral
    Sortie de crise
    Compromis entre huit partis
    Répit de crise

  • Crise des dettes souveraines et essor des mafias — Par Jacques de Saint Victor

    Société - Il n’y a pas de lien systématique entre crises économiques et essor du crime, et on a même pu prouver que les années 1930 ont été des années plutôt « paisibles » sur le plan criminel. Mais, en fragilisant les États, les périodes de récession, si elles ne débouchent pas, comme à l’époque de Roosevelt, sur un retour de la puissance publique, deviennent logiquement propices au crime organisé, et en particulier aux mafias. Comment pourrait-il en aller autrement ? Les mafias sont en effet des sociétés secrètes très sophistiquées qui constituent ce qu’on pourrait appeler « l’aristocratie du crime ». Par les sommes dont elles disposent – qui peuvent se chiffrer en milliards de dollars, même s’il faut se montrer prudent sur les montants souvent évoqués (ce ne sont que des estimations, des « chiffres noirs »)1 –, elles constituent des menaces de premier plan pour les pouvoirs légaux, devenant aujourd’hui une question centrale de la réflexion géostratégique2. En effet, elles rivalisent localement avec certains États, ayant su tisser des liens « symbiotiques » avec leur environnement politicoéconomique.

  • La politique de l’asile en danger — Par François Sureau

    Société - Dans le domaine de la politique de l’asile comme dans celui, qui lui est connexe, des libertés publiques au sens large, il faut se méfier des images. La France veut avoir d’elle-même celle d’une terre hospitalière et celle de la patrie des droits de l’homme. La réalité est souvent différente. On se représente volontiers l’Europe comme un ensemble « ouvert », assailli par les vagues migratoires, notamment asilaire. On sait assez peu que sur environ 30 millions de personnes « déplacées » du fait des guerres ou des persécutions politiques, seul un million a trouvé un refuge statutaire dans l’Union européenne, qui compte 460 millions d’habitants. Mais à l’inverse, de nombreuses mesures particulièrement contestables prises par le gouvernement ces dernières années pourraient conduire à prendre la France pour un pays généralement inhospitalier en matière d’asile.

    Plan de l'article :
    Les règles relatives à l’asile
    Les défauts du système français
    Les renvois en Grèce
    Les mécanismes d’entrée et de sortie
    Une évolution inquiétante

  • Contre le bonheur — Par Laurence Devillairs

    Arts et philosophie - Il fut un temps sévère, où la morale exigeait de faire son devoir quoi qu’il en coûte. L’impératif catégorique de Kant, qui demande d’agir par devoir quelles que soient les circonstances, a désormais une traduction nouvelle : agis toujours en vue d’être heureux. C’est tout aussi impératif et catégorique. Mais la difficulté est que le bonheur n’a pas de réelle définition : il n’est pas la simple absence de malheur et ne consiste pas seulement en des moments de joie ou de plaisir. Il n’est pas la somme des petits bonheurs. On le voit plutôt comme la satisfaction de tous nos désirs et souhaits, dans la durée comme dans l’intensité et la diversité.

    Plan de l'article :
    Le bonheur des autres
    Le bonheur ne m’apprend rien
    Le refus du malheur
    Le Dieu du bonheur
    Un Dieu à soi

  • L’universalité de Jésus Christ à l’épreuve — Par Geneviève Comeau

    La question de l’unicité et de l’universalité de Jésus Christ est au coeur de la théologie des religions : comment tenir qu’Il est l’unique sauveur de tous, comme le dit la foi chrétienne, tout en ayant un regard positif sur les autres religions ? Depuis plusieurs décennies, cette question christologique a connu divers traitements. Dans un premier temps j’en retracerai brièvement l’histoire ; je proposerai ensuite une autre entrée, qui s’inspire de réflexions théologiques contemporaines, ainsi que des pratiques de rencontres interreligieuses.

    Plan de l'article :
    Évolution des réflexions théologiques
    Dans un monde marqué par la violence
    La seigneurie de la vérité
    Une tâche d’humanisation
    Un universel bien singulier

  • Le Péché mignon — Par Laurence Devillairs François Euvé Bruno Frappat Annie Wellens

    Figures libres - M’abandonner à un sommeil léger à tout moment de la journée, surtout quand les autres s’agitent… Laisser couler le temps, me la couler douce, quel plaisir ! L’oisiveté peut être, selon les situations et les intentions, un vice ou une vertu, une faiblesse ou une force.

    Laurence Devillairs : La tyrannie du bon plaisir
    François Euvé : Y a-t-il du mal à se faire plaisir ?
    Annie Wellens : Le canoniste et le péché mignon
    Bruno Frappat : De l’ironie.

  • Henri Cartier-Bresson — Par Fleur Nabert

    Regards - Fin d’après-midi dans l’encadrement d’une fenêtre. Soleil oblique, ombres étirées. Tout est calme. Seul un colloque silencieux se dessine entre les profils ciselés et parallèles d’un chat et de sa maîtresse. Presque sans bouger, le félin touche du bout de sa patte rosée la moire de la bergère, chaude de soleil. Il y enfonce légèrement ses griffes pour en sentir la résistance craquante et jouir d’un fil qui cède. Il love un peu plus son dos dans le moelleux du coussin, et offre sa patte à la lumière. Pur plaisir de Seigneur. La morgue de ses lointains cousins grands fauves coule sous sa robe. Ses maîtres, imprudents, ont prénommé ce chat Ulysse. Il en a toute la metis. L’intelligence rusée qu’il partage avec le héros grec est pragmatique : le meilleur siège sera le sien.

  • Theo Angelopoulos ou la terre qui pleure — Par Michelle Humbert

    Cinéma - Par amour du cinéma et d’un pays que je ne connaissais pas, j’ai fait deux fois le voyage à Thessalonique afin d’assister au tournage d’un film de Theo Angelopoulos et d’en prendre des photos. En 2001, il commençait une trilogie qui tentait de « dire deux ou trois choses que je sais du xxe siècle ». Le premier épisode se situe de 1919 à 1949 et met en scène l’exil des Grecs d’Odessa, leur retour douloureux à la Grèce de leurs ancêtres et le destin passionné et tragique d’une réfugiée : Eleni. Dans un froid soleil hivernal je marchais dans le port de Thessalonique. Le trajet qui longeait hangars, containers et rails de chemin de fer m’amena au pied d’un village en pente. Quelques habitations groupées autour d’une église, d’un café, d’une ou deux épiceries, d’une agora : un reste de la Grèce du xixe siècle. L’ensemble, un peu abandonné, semblait encore habité…

  • Cheval de guerre — Par Jérôme Momcilovic

    Cinéma - À l’orée de la Grande Guerre, dans une campagne anglaise repeinte aux couleurs de la pastorale américaine, un adolescent se prend d’une amitié passionnée pour un cheval. Quand la guerre éclate, le cheval est réquisitionné, l’adolescent inconsolable. Il leur faudra, à l’un et à l’autre, traverser l’enfer des combats (roman d’apprentissage pour l’adolescent, chemin de croix pour le cheval qui, traversant les tranchées, finit supplicié dans un lacis de barbelés) pour se retrouver enfin. L’humanisme forcené de la fable (en chemin, le cheval révèle la bonté des soldats de chaque camp, creuse un sillon d’espoir plus profond que les tranchées) a quelque chose d’un pied de nez, au moment où Spielberg reçoit finalement les honneurs de la Cinémathèque française.