Participant du grand essor que connaissent les sciences au XIXe siècle, l’archéologie a élaboré ses méthodes conjointement au développement du procédé photographique, venu s’adjoindre à une pratique formalisée du dessin. Cette coopération se poursuit aujourd’hui à travers les mutations majeures portées depuis une vingtaine d’années par l’image numérique. Ce dossier propose différents angles d’approche de la photographie en archéologie, entre étude des fonds d’archives et création actuelle.
Archéologie et et photographie
La photographie archéologique
Classer le trésor de Priam par la photographie
Les années 1870 concordent avec une explosion des découvertes archéologiques en Méditerranée, nécessitant l’examen et le traitement d’une quantité immense de mobilier émanant de cultures anciennes, inconnues jusqu’alors. La démultiplication du nombre et de la dimension des chantiers s’accompagne d’une modernisation des techniques documentaires en matière d’exploration archéologique. À partir de cette période, sont mises en place les premières tentatives de sériation photographique du mobilier de masse. L’exemple d’Heinrich Schliemann à Troie (actuelle Turquie) est représentatif de ce phénomène.
Louis Bousrez en Touraine et Anjou
Le potentiel du procédé photographique pour documenter le patrimoine architectural a été immédiatement perçu par la commission des Monuments historiques (créée en 1837). La reproduction systématique des monuments français a pris forme avec l’apparition de la photographie sur papier et à travers la célèbre Mission héliographique de 1851 (voir aus- si p. 11). À sa suite, les sociétés savantes ont grandement contribué à cet inventaire par l’image. Ainsi, Louis Bousrez (1848-1912) fait partie de ceux qui, dans la seconde moitié du XIXe siècle, ont poursuivi en région cet effort documentaire, en engageant un véritable travail d’inventaire du patrimoine archéologique de l’Indre-et-Loire et du Maine-et-Loire.
Marc Deydier
Marc Deydier est né à Modène (nord du Vaucluse) en 1845, dans une famille de petits fermiers. Il incarne cette génération de provinciaux éclairés qui, à la fin du XIXe siècle, s’en- thousiasment pour les sciences et s’investissent dans de nombreuses sociétés savantes. Engagé comme clerc de notaire à Cucuron en 1870, il rachète l’étude en 1876, ce qui lui assure une situation propice à développer ses diverses passions, notamment celles pour les sciences naturelles, l’archéologie et… la technique photographique.
Un pharaon sous les étoiles
Jean-Paul Demoule
Des archéologues dans l’objectif : la cour Napoléon du Louvre
Depuis 2017, le Service régional de l’archéologie d’Île-de-France, en collaboration avec le Centre de ressources des études muséales et de l’histoire du Louvre, dépositaire des archives de l’opération, s’emploie à mettre à disposition des chercheurs et à faire connaître la documentation issue des fouilles de la cour Napoléon du Louvre (1984-1986). Parmi l’impressionnante quantité de pré-rapports, carnets de fouilles et études spécialisées, le fonds photographique tient une place à part, son abondance et sa qualité aidant à pallier le manque de synthèse finale, tout en portant un regard très humain sur les archéologues au travail.
Dans les cours de deux professeurs de préhistoire
La diversité des supports pédagogiques d’enseignement et de diffusion que l’on observe aujourd’hui, à l’université ou ailleurs (salles de conférences, etc.), puise ses racines dans les cours d’archéologie dispensés à partir de la fin du XIXe siècle. Les spécialistes de l’art pa- léolithique notamment, champ d’étude « visuel » par excellence, se sont très tôt appuyés sur la photographie pour transmettre leurs connaissances.
Photogrammétrie
La photogrammétrie est une méthode de mesure et d’enregistrement qui s’appuie sur la photographie. Elle permet de reconstituer les dimensions et la morphologie d’un objet, d’une surface ou d’un espace. Inventée dès le XIXe siècle, elle est sujette à quelques changements au gré des avancées technologiques et connaît un véritable essor avec l’avènement du numérique. La photogrammétrie est aujourd’hui de plus en plus présente dans l’éventail des méthodes d’enregistrement en archéologie.
La photographie d’objet au musée d’Archéologie nationale
« Dès qu’un objet arrive à St Germain, il est catalogué, reproduit par le moulage et la photographie », écrit Auguste Verchère de Reffye en 1864. Le fonds photogra- phique du musée d’Archéologie nationale (MAN) illustre un siècle et demi d’his- toire de la photographie et comprend des photographies sur tous supports. Riche d’environ 500 000 images, ce corpus rassemble principalement des photographies d’objets, mais aussi d’architecture, de sites archéologiques, de fouilles, de portraits ou encore de muséographies, allant de la création du musée jusqu’à aujourd’hui.