Situationnisme international

Révolution et contre-révolution dans la culture moderne

par Guy Ernest DEBORD

Le 27 juillet 1957 naissait l'Internationale Situationniste qui fut d'abord un mouvement d'artistes pour qui l'art était un outil de changement social, et du monde en général. Beaucoup d'idées sur l'écologie, le féminisme et l'activisme sont issues de ce «mouvement» visant la «transformation sociale». L'Internationale veut la fin de l'art pour l'art et propose une nouvelle approche critique du quotidien. Voici la base de la contestation des années soixante qui a pénétré ici au Québec, entre autres par l'activité émancipatrice de Patrick STRARAM. Nous croyons que les idées fortes de ce rapport sont toujours d'actualité et pour les plus jeunes qui ignorent tout de ce mouvement dans l'esprit et dans la création, il y a un intérêt manifeste à cette lecture historique. Ce texte fut d'ailleurs le seul élément théorique retenu par les organisateurs de la rétrospective au printemps dernier à Beaubourg dans le catalogue, qui reprenait la même typographie et la même allure formelle que les publications d'origine.

Performances

par Alain-Martin Richard

Pour combattre la nostalgie des années 70 et des grands courants sociaux qui ont animé le Québec à cette époque, INTER ouvre cette chronique sur la performance. Il y a bien sûr une dérive qui occupe deux courants majeurs : celle des institutions avec leurs événements de masse (les festivals, les symposiums) et leurs démonstrations encyclopédiques (blockbusters) et celle des pratiques incommensurables. Plus subtile, mais plus omniprésente, plus quotidienne, cette dérive va au cœur même des perceptions et chevauche l'immédiat.

Nudité

par Alain-Martin RICHARD

Egon SCHIELE, peintre autrichien, maudit, élève de KLIMT, mort à 28 ans, préfigure à lui seul la fin de l'Empire, la dérive de la capitale culturelle viennoise, l'écrasement d'une civilisation de la musique et du raffinement, incapable de faire le saut dans le XXe siècle. Egon SCHIELE, seul, absorbé par son dessein et sa peinture, c'est aussi le gouffre de la décadence que reprendront quelque quarante ans plus tard les NITSCH, SCHWARZKÔGLER, MUHL des années soixante, poussant le rituel de l'enfermement et de l'implosion à ses limites extrêmes par le sacrifice, le sang, la mutilation. L'Europe centrale déchue, réduite à deux pays victimes de leurs « alliés » de jadis ne semble avoir d'autres issues que l'aplatissement par autodestruction ou violence : Autriche, Hongrie. Gil CHAMPAGNE prend prétexte de ce peintre torturé, profondément romantique, quoique de facture expressionniste, pour produire le meilleur spectacle de l'année à Québec.

Burroughs à Montréal

par Alan Lord

Selon William BURROUGHS, l'art est une tentative de rendre la vie vivable, de créer un monde de rêve où la seule règle serait la révolution permanente des sens par le dépassement créatif de soi-même. À travers ses oeuvres littéraires, et maintenant picturales, il a sans cesse tenté de déconstruire les mythes de la « réalité » imposée et de détruire les vecteurs images-mots dont ceux qui détiennent le pouvoir politico-culturel se servent pour maintenir leur contrôle.

Marc-André Roy

par Marie-Sylvie HÉBERT

Sur fond de musique électroacoustique originale, l'exposition Nature morte se manifeste comme l'oeuvre-message d'un artiste engagé. Le travail actuel de Marc-André ROY est ici motivé par un propos spécifique, celui d'attirer l'attention du spectateur «(...) pour mettre en évidence les effets de l'auto et de son moteur-à-explosion-brûleur-d'hydrocarbures sur l'eau, l'air et le végétal». C'est ainsi que tout au long de l'exposition, de petites sculptures et des xérographies viennent composer, sous forme d'installations autonomes, un parcours où se déploient les formes allégoriques du «problème» et d'une certaine «solution».

Onirico

par Michel R. GUAY

L'exposition est ici conçue comme lieu de séjour où il n'y a ni seuil ni sortie, pièce aux points de repère imprécis meublée d’œuvres intimidantes, impudiques en leur prétentieux achèvement, offrande discrète. Relecture de l'espace supposément «familier» : l'objet «d'art» s'impose à la vue ; démesure des formes, des couleurs, des scènes. Déploiement à dimension humaine qui force l'insertion du regardeur défilant à l'intérieur de cet univers factice : coup d'oeil, dévisager, reluquer l'inédit.

Ottawa

par Dennis TOURBIN

Lors de ma première visite à Ottawa, je suis allé à la Galerie nationale, la vieille, sur la rue Elgin. Je me souviens du groupe des sept, les petites pièces de Tom THOMSON, l'Hawai de Michael SNOW, Jack CHAMBERS, Joyce WIELAND, John BOYLE. Je me souviens de chameaux géants, d'une pièce faite de roulettes, d'une installation de chambre à coucher, et des salles remplies dé peintures.