Numéro 6

Brulera t’il ne brûlera t’il pas ?

par Le Groupe du Faubourg St-Jean-Baptiste

Le quartier St-Jean-Baptiste jouit d'une réputation peu enviable quant aux incendies qui s'y déclarent régulièrement. Ce qui est plus grave, cependant, c'est l'état de détérioration qui persiste en plusieurs points. Un inventaire photographique rapide du quartier a permis de découvrir 5 maisons incendiées laissées dans un état d'abandon inqualifiable. Par ailleurs, 4 bâtiments sont dans un état de délabrement ou d'abandon qui les rendent dangereuses et livrées au vandalisme. C'est beaucoup sur un territoire qu'on peut parcourir en 10 minutes à pied. Et pourtant, le règlement No. 2552 est explicite à cet effet: 2.01: «Tout bâtiment doit être entretenu et réparé de telle sorte qu'il ne puisse constituer, en raison de défauts physique, d'absence d'entretien ou pour toute autre cause un danger pour la sécurité ou la santé de ses occupants ou du public en général.»

Restauration sur le dos des locataires

par Comité de Citoyens Saint-Gabriel

Devant les restaurations-expulsions, une seule solution pour les locataires du quartier Saint-Jean-Baptiste: l'unité et la mobilisation. Les locataires du quartier Saint-Jean-Baptiste Dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, quartier situé dans la haute-ville de Québec, nous sommes à 87% locataires. Nos revenus, pour la plupart, sont très bas. Nous sommes, en grande majorité, petits travailleurs des services (caissiers, secrétaires, téléphonistes, préposés à l'entretien, serveurs dans les restaurants) ou ouvriers sous-rémunérés. D'autre part, plusieurs d'entre nous sont chômeurs, assistés sociaux, étudiants ou retraités vivant difficilement de prestations toujours insuffisantes. Certains vivent dans le quartier depuis longtemps. Ils ont payé leur logement bien des fois depuis ce temps-là. D'autres sont arrivés dans le quartier parce que c'était l'endroit où ils avaient trouvé l'une des dernières réserves de logements à bon marché. D'ici peu, la population actuelle du quartier risque de se voir évincer au profit d'une autre plus aisée et prête à payer le prix fort pour se loger. La situation que nous vivons présentement à l'intérieur du quartier rappelle, à bien des égards, celle vécu dans le vieux-Québec au début des années 60.

Repenser l’espace urbain à Limoilou

par Ghislain Bruyère

Sous le thème «repenser l'espace urbain à Limoilou» cet article en forme d'entrevue, (1) décrit non seulement une réalité géographique existante mais surtout développe concrètement de nouvelles possibilités d'émancipation de la vie communautaire dans le quartier. À l'aide de schémas, on examine donc un espace urbain spécifique et sa transformation possible autant en termes d'épanouissement des individus qu'en termes de modification des règles économiques et politiques de l'habitat urbain actuel. 1. La vie urbaine à Limoilou Ou 'est-ce qui caractérise le quartier Limoilou de Québec? Pour ce faire, retenons la dualité de l'homme et de l'espace dans un cadre urbain, ici Limoilou, quartier qui a un passé, un présent et des avenirs possibles. Si l'on se rappelle quelques traits significatifs du passé, on note que dès le début du siècle, on voit apparaître sur la rive-nord de la rivière St-Charles un profil très géométrique de l'utilisation au sol. Découpé par des rues et des avenues en quadrilatères d'habitations (voir schéma 1) avec cours et ruelles, on voit donc comment se structure le cadre de vie à Limoilou. À cette époque les quartiers sont assez homogènes en termes de couches sociales; existait aussi un certain équilibre à propos des fonctions économiques reliées à cet espace urbain. On prendra donc ici comme unité d'analyse, le quadrilatère comme cadre de vie urbaine. Pour qui vit depuis 25 ans dans le quartier, un phénomène majeur de changement de l'occupation de l'espace du quadrilatère est survenu, soit l'incursion de l'automobile envahissant sans cesse les cours et les ruelles.

Les équipements culturels et l’animation urbaine

par Joseph Baker

Cet article discute la question du Musée à Québec en termes d'examen de la valeur des équipements à caractère culturel et leur rôle dans l'animation urbaine. (1) L'auteur oppose à la concentration en une seule bâtisse, la répartition des activités d'art et de culture en de nombreux édifices accessibles aux habitants des quartiers. Jos Baker retrace plusieurs édifices de la ville de Québec qui, ayant ou qui perdront tantôt leur fonction originelle, pourraient être réintégrer avec de nouvelles fonctions dans la vie urbaine.

L’art dans la rue

par Laurent Langlois

Avant d'entamer la réflexion et la discussion portant sur l'art de la rue, il m'apparaît opportun de citer Larousse sur sa définition de l'art: «Expression d'un idéal de beauté dans les oeuvres humaines...». Même si je respecte Larousse pour son oeuvre humanitaire et gigantesque, je reste perplexe et je puis dire en toute honnêteté que ma conscience symbiotique (personnalité) perçoit cette définition non pas comme une logique naturelle de l'art ouvert à tout le monde, mais plutôt comme un constat historique d'un jugement de valeurs d'une société ou bien un réflexe conditionné par les professionnels de la question pour placer en carcan les modèles culturels d'une société donnée et dans un espace socio-géographique défini et cerné.

Des enfants et des villes

par Diane-Jocelyne Coté

Si la ville refuse l'enfant, c'est un signe d'un autre type de transformation et ce, au niveau des rapports humains. La famille traditionnelle est devenue famille nucléaire pour ensuite maigrir jusqu'à n'être plus qu'un couple sans enfant. «Nous n'avons pas les moyens d'avoir plus de deux enfants» est une objection sordide, mais plus acceptable dans notre société que la franchise brutale du «nous n'aimons pas les enfants.» (2) «Dans les magazines féminins, on fait observer avec tristesse que les enfants peuvent avoir un effet perturbateur sur les relations conjugales, que les obligations maternelles de la jeune épouse et sa fatigue l'empêchent parfois de satisfaire les exigences affectives de son mari. On ne s'aperçoit même pas de l'absurdité qu'est une famille dont l'harmonie est menacée par les enfants.»

Le regroupement des groupes de video-intervention

Le regroupement est composé de: Québec Centre Ciné-Video du Faubourg; Centre «La temme et le film»; Centre Video Lotbinière; Centre Video Populaire de la Rive-Sud; Centre populaire d'Animation Audio-Visuelle de Québec. Montréal: Groupe Intervention Video (GIV). Shawinigan: Les Ateliers des Média Populaires. Au Canada, et peut-être au Québec encore plus, on note «une mainmise de plus en plus alarmante des intérêts privés et des pouvoirs politiques dominants sur l'ensemble des moyens de communication de masse». (1 ) Outils de domination aux mains des intérêts politiques et économiques, les média de masse sont devenus d'importants moyens «d'incitation à la passivité et à la soumission en faisant oublier les contraintes de la vie quotidienne et l'exploitation dont nous sommes victimes»

Octobre 1979 : l’art au Québec

par Richard Martel · visuels: Richard Martel

Ce texte tentera de cerner les paramètre de la situation des arts plastiques ici au Québec au mois d'octobre 1979. Je vais donc prendre pour acquis qu'une certaine production qui se réalise actuellement est plus spécifiquement québécoise, que les lieux de sa production ne sont plus uniquement situés dans les grands centres urbains et que certaines procédures idéologiquement orientées sacralisent telles pratiques artistiques plutôt que telles autres. Ici même à Québec Pour ce qui est de la ville de Québec d'abord, le lieu d'où je parle, il importe de souligner la prise en charge de la diffusion de l'art dans des lieux qui diffèrent autant que les orientations des pratiques artistiques elles-mêmes. Il est vrai qu'une pratique artistique est conditionnée par le lieu idéologique de sa diffusion.

Matane: semaine des arts

par Gilbert Rouzier

Du 24 au 29 septembre, le C.E.G.E.P. de Matane a été l'hôte d'un programme chargé de conférences, d'ateliers, de projections de films, que l'on avait baptisé du titre ronflant de «semaine des arts» (à moins que ce titre ne cache une toute autre intention, visant à conférer à l'événement une connotation populaire, pour qu'il puisse s'intercaler en douceur entre la semaine du hockey mineur et la semaine des secrétaires; mais trêve de sémantique!) L'objectif général de la semaine était d'inviter à Matane des gens de l'extérieur de la région, particulièrement de Québec et de Montréal, impliqués dans des secteurs de l'activité artistique. Nous avons ainsi eu la visite de Yves Robillard et de Richard Martel en histoire de l'art, d'André Geoffroy, de Pierre Leblanc et Hubert Durocher en sculpture, de Pierre Groulx en photographie, de Jean-Luc Dehours en Design graphique, d'Alexis Klimov, philosophe de l'art, de Pierre Dupras en bande dessinée, de Michel Poulette et Monique Turcotte en cinéma, sans compter la présence de Michel Belair et de Nicolas Deville que l'on qualifiera par le terme d'artistes alternatifs, faute de terminologie plus adéquate (et ne me demandez surtout pas de vous définir ce qu'est un artiste alternatif! ceux qui veulent en savoir plus long sur cette espèce rare peuvent toujours communiquer avec Michel Belair, Grand-Détour comté de Matane).

Notes de lecture: l’écrit sur l’art

par Guy Durand

L'ensemble du discours québécois sur l'art — théories, monographies, biographies, critiques, essais — ne souffre pas de pléthore. Tout au plus pouvons-nous recenser une trentaine d'écrits quelque peu substantiels parmi les livres édités et les nombreuses revues qui se succèdent depuis dix ans. À cet égard, la parution récente de deux ouvrages dont La peinture au Québec depuis ses origines sous la plume de Guy Robert (1978), et Éloges et procès de l'art moderne essai de messieurs Jean-Claude Dussault et Gilles Toupin (1979) (2), mérite que l'on fasse le point sur la réflexion actuelle à propos de nos pratiques artistiques. Ce ne sera toutefois pas une analyse systématique mais plutôt un pamphlet que vous livrera cette note de lecture.

Robert Filiou : une galerie dans une casquette

par Chantal Gaudreau

Robert Filliou, «anartiste-poète» de la rocambolesque aventure FLUXUS était de passage à Québec (2), nous lui avons donné rendez-vous à la Chambre Blanche. Dans l'anti-chambre de l'hiver qui s'annonçait «grisement» au-dehors de ce dimanche après-midi, Robert Filliou en grignotant un morceau de gâteau nous a communiqué quelques-unes de ses propositions artistiques, nous a fait partager quelques aspects de ses recherches actuelles et de sa philosophie optimiste. Ce qui va suivre se présente comme un collage de quelques fragments du discours de Filliou, discours qui s'articule principalement autour de certaines investigations dans le champ éclaté de l'art-non-art contemporain. Mais dans un premier temps, pour une meilleure compréhension de ces propos, pour une lecture plus nette, jetons un regard à la fois rétrospectif et actuel sur FLUXUS.