Best off

Schaubühne - Hedda Gabler

Barbu et corrosif, Karl Marx est de retour, par le truchement du comédien Ivan Romeuf. Campé dans un décor qu’il installe luimême au fur et à mesure, Marx vitupère, tempête, apostrophe. Contournant l’écueil de la leçon de morale grâce à un humour grinçant, il nous embarque dans des allers et retours entre l’argent d’aujourd’hui et les beaux jours de la révolution prolétarienne. En revisitant pour nous ses souvenirs personnels, ce Karl historique et historien nous gratte juste là où ça démange déjà.

Théâtre de Ajmer - Kafka, comédie (La Minoterie) et Gens de Séoul 1919 (la Criée)

visuels: Agnès Mellon

D’un côté, un plaidoyer passionné en faveur des monstres qui dérange jusqu’à la nausée, montrant un Kafka crucifié pour l’exemple du malaise occidental : volontairement sauvage et cru, un spectacle déconseillé aux âmes sensibles et aux ménagères de moins de cinquante ans. De l’autre, un deuxième projet « asiatique » attaché au texte du Japonais Oriza Hirata, rappel du contexte de l’insurrection coréenne avec au premier plan, un face à face entre colons japonais et domestiques coréens. Décidément, Franck Dimech déroute et enchante.

Cirque Plume - Plic Ploc (J4. Programmation : Gymnase)

visuels: Jacques Peeters

Tout commence par une fuite discrète au toit du chapiteau, qui va rapidement faire déborder la scène de prouesses et d’inventions ; un petit « ploc » qui suffit à lancer la formidable machine à rêver et à créer du Cirque Plume. Sur la scène peu à peu transformée en véritable miroir d’eau, régulièrement épongée, une dizaine d’artiste enchaînent avec jubilation les jeux d’eau, les jeux de main, les jeux de mots. Un univers baigné de poésie et d’humour pour un spectacle qui a de la fuite dans les idées…

Massimo Furlan - Numéro 10

visuels: L. Ceillier

Seul sur le terrain, avec pour unique costume le maillot de l’équipe de France floqué du fameux n°10 de Michel Platini, Massimo Furlan nous a fait revivre la demi-finale France-RFA de la Coupe du Monde 82. L’histoire se rejoue devant nous, public-supporteur, venu nombreux encourager le performeur suisse en ce lieu symbolique. Rarement proposition de « scène » n’a eu une telle dimension populaire, synthétisant un fait marquant de notre mémoire collective. Malgré le temps glacial, nous avons (re)vécu ensemble un drôle de moment.

PATRICK WATSON - Close to paradise

L’effet quasi surnaturel que provoque le second opus de Patrick Watson réside dans une association hétéroclite entre songwriting folk, musique improvisée, electronica discrète, chants de sirènes, bouffées beatlesiennes et harmonies classiques. Chez d’autres, moins pointilleux quant à la décantation et l’association de tous ces arômes contradictoires, le résultat pourrait vite tourner à la piquette. Mais l’élémentaire Watson possède une vraie recette qui est la marque des très grands. Déjà un classique ?

Arcade Fire + Arctic Monkeys

L’un des temps forts de l’été. Diablement efficaces, les gamins de Sheffield entament les hostilités avec un set d’une énergie débordante, enchaînant les hits avec un plaisir évident (et communicatif). Mais la claque viendra du concert d’Arcade Fire, un vertigineux délire symphonique, un feu d’artifice à la fois visuel et sonore, les Canadiens, tour à tour bouleversants et loufoques, nous gratifiant même d’une reprise survitaminée de Poupée de cire, poupée de son. Monumental.

Oxmo Puccino - l’Affranchi

Dans le paysage rap français, Oxmo fait figure d’exception. On connaissait jusque-là sa plume et son phrasé, sa corpulente présence et son sourire bonhomme. Mais pour défendre son dernier album sorti chez Blue Note, le garçon est venu à L’Affranchi accompagné de musiciens — aussi classieux que leurs impeccables costards. Leur prestation frôlait la perfection : jamais un artiste français issu du hip-hop n’avait maîtrisé à cepoint le sens du récit et de la scène, avec un final rock’n’roll pour le moins détonant…

APPARAT – Walls (In Finé/Discograph)

Au rayon pop électronique évanescente et rêveuse, on avait eu, l’an passé, Thom Yorke. Et vu l’empressement avec lequel les fans de Radiohead viennent de remplir, en quelques heures, les deux prochains concerts dans les arènes de Nîmes, on imagine que vous êtes quelques- uns à avoir kiffé son album solo. D’où l’intérêt d’investir dans celui-là, celui d’un jeune Allemand repéré aux côtés d’Ellen Allien, qui réussit à concilier approche avant-gardiste et format pop : une odyssée onirique à l’heure du numérique.

STILL LIFE (Chine - 1h48) de Zia Zhang-Ke

Jia Zhang-Ke réussit une nouvelle fois à mêler dans un même espace cinématographique souffrances individuelles et destin collectif, vision politique et écriture poétique, tradition et modernité de la société chinoise. Comme la photographie immobilise une réalité pour mieux la cerner, son cinéma tente de définir un instant présent, qui n'est déjà plus que du passé au moment où il est capté : c'est vain et c'est beau. Au milieu des ruines, ne restent que les souvenirs…

DEXTER de James Manos Jr

Expert en taches de sang le jour, Dexter (Michael C. Hall de Six Feet Under) se transforme en serial killer qui saigne à blanc les méchants la nuit ; évoluant avec une aisance malsaine sur un fil ténu, méprisant morale et lois. Irréprochable dans son formalisme, la série ne se hasarde pas à faire de son héros un bloc d'inhumanité, ni un monstre trop humain. Une manière intéressante et trouble d'explorer les pulsions du spectateur, le poussant à se confronter à sa complaisance et à sa propre violence.

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