L’Occitanie a connu une implantation humaine longue, intense et continue, comme en témoignent les recherches de plusieurs grands laboratoires sur son patrimoine archéologique : indices de peuplement parmi les plus anciens d’Europe, sites majeurs du Néolithique, de la Protohistoire et de l’Antiquité, et remarquable héritage médiéval et moderne. Ce dossier présente les premiers résultats de projets récemment menés à bien grâce au soutien d’un dispositif régional qui a contribué pendant quatre ans au développement de l’archéologie occitane : le Défi Clé « Sciences du passé ».
Archéologie en Occitanie
Patrimoine archéologique et recherche en Occitanie
Les pratiques de boucherie du Paléolithique à l’âge du Fer
Dans le regard occidental moderne, l’animal, lorsqu’il n’est pas « de compagnie », est souvent envisagé comme une ressource, en nourriture ou en matières premières. C’est principalement sur la base de cette vision utilitaire que s’est développée l’archéozoologie moderne. De nouvelles approches invitent à dépasser ce cadre pour voir par exemple dans les pratiques de boucherie étudiées par les archéozoologues bien plus qu’une simple activité de subsistance : une fenêtre sur la manière dont les sociétés passées concevaient leur place dans le monde.
Étude du massif de Montmaurin-Lespugue
Au sud-ouest de Toulouse, le secteur de Montmaurin présente une richesse préhistorique exceptionnelle. Plusieurs dizaines d’occupations sont réparties sur moins de 10 km². Entre le début du XXe siècle et 1961, ces sites ont attiré l’intérêt de nombreux préhistoriens. Puis, ils sont tombés dans l’oubli. Une équipe pluridisciplinaire coordonnée par Amélie Vialet s’y intéresse à nouveau depuis 2018. Le projet Gorgyous (Creusement des gorges de la Save et de la Seygouade et dynamiques des occupations préhistoriques) a permis de considérer ces cavités à une échelle plus large, afin de mieux comprendre la manière dont l’environnement a évolué et dont le territoire a été occupé au cours du temps par les populations préhistoriques.
L’étude des petits mammifères et les interactions humains-environnement
Retrouvés en grand nombre dans les sites préhistoriques, les petits mammifères sont un objet d’étude particulier en archéologie, car porteurs d’importantes informations sur l’évolution des communautés de faune passées et sur les relations que les sociétés humaines ont entretenues avec le reste de la biosphère*, et plus largement avec leur environnement. Au côté des tessons, silex, ossements de mouton ou de cerf, les archéologues trouvent donc aussi des restes de mammifères de bien plus petite taille… Que peuvent-ils nous apprendre ? C’est la question que pose le projet MicrOccitanie (Évolution des cortèges de petits vertébrés de la transition Pléistocène / Holocène à la fin du Néolithique en Occitanie).
Habitats fortifiés protohistoriques d’Occitanie
La région Occitanie possède un patrimoine protohistorique particulièrement riche, représenté par de nombreux habitats fortifiés dont plusieurs font figure de référence sur le plan national. Le projet Occidunum (Oppidums et premières agglomérations d’Occitanie, de la révélation archéologique à la valorisation culturelle) avait pour ambition de structurer la recherche autour de ces sites du Ier millénaire avant J.-C. et de faire connaître ce patrimoine remarquable au plus grand nombre. Pendant quatre ans, de 2022 à 2025, il a fédéré une quarantaine de chercheurs et d’étudiants issus des principaux laboratoires et pôles universitaires de la région, ainsi que des médiateurs culturels. Les activités réalisées dans le cadre de ce projet ont été menées dans trois directions.
Les submersions marines du littoral méditerranéen et leur impact sur les sites
Les submersions marines occasionnent des dégâts matériels affectant aussi bien les infrastructures modernes que les structures bâties des anciens sites d’occupation humaine. Les côtes méditerranéennes sont régulièrement exposées à ce phénomène naturel, comme – par conséquent – le patrimoine archéologique littoral. C’est sur ce problème que s’est penché le projet LittO (Un observatoire de la vulnérabilité environnementale du patrimoine archéologique littoral d’Occitanie face au risque de submersion : Lattara, du passé au futur).
Émergence et développement de la culture de l’olivier
Identifier l’olivier cultivé dans les charbons archéologiques, c’est détecter la trace directe d’importants changements dans les sociétés humaines à travers l’existence et le développement de pratiques, de savoir-faire, d’une économie et d’une transformation progressive des paysages. Voilà le défi que s’est lancé le projet PatrimOlea (Histoire et valorisation du patrimoine variétal de l’olivier en Occitanie méditerranéenne).
Verres aux cendres médiévaux : approche expérimentale
L’Occitanie est riche d’un patrimoine verrier pluriséculaire encore méconnu. La nature géologique de son sous-sol et son important couvert boisé ont favorisé le développement de verreries forestières au Moyen Âge et à l’époque moderne. Pour autant, les vestiges archéologiques et les sources écrites ne sont pas suffisamment nombreux ou éloquents pour saisir la complexité de cette activité à ses débuts. Une approche par l’archéologie expérimentale a donc été développée dans le cadre d’un projet Junior du programme TIRIS (Glass in Early Medieval Occitania - GEMO), appuyé par le projet Verres aux cendres (Matières premières, recettes et réseaux d’approvisionnement au Moyen Âge en Occitanie) du Défi Clé « Sciences du passé ».