Sinatra a un rhume

Quatre centimètres de gloire

by Dashiell Hammett · illustrations: Marketa Michakova

Hollywood et les médias américains raffolent des faits divers mettant en scène des anonymes qui, confrontés à une situation imprévue, se dépassent et embrassent la figure du sauveur. Le courage et l’altruisme en font des héros qui s’attirent une certaine notoriété, parfois difficile à porter car beaucoup ont le besoin secret d’être secourus eux-mêmes. Earl Parish, le personnage de cette nouvelle inédite de Dashiell Hammett, est l’un d’entre eux. Ou comment se départir de la pernicieuse rançon de la gloire.

Un tournage pris dans l’engrenage

by Michael Idov · illustrations: Marion Fayolle

La limite se dit de l’extrémité de chaque chose. Attaché à son infidèle fidélité au réel, le cinéma passe outre les frontières. Mais il est des expériences cinématographiques qui excèdent tous les cadres. Depuis 2006, un réalisateur russe à l’ambition démesurée mais à la notoriété relative, rassemble acteurs et techniciens par milliers pour construire, dans une ville d’Ukraine, une société totalitaire où les caméras, minutieusement disséminées, tournent sans discontinuité. Un antre dans lequel la vie et le cinéma ne sont qu’un.

Quel monde

by Ken Kesey · illustrations: Blexbolex

Figure phare du mouvement psychédélique des sixties, Ken Kesey, auteur du roman culte Vol au-dessus d’un nid de coucou et Et quelquefois j’ai comme une grande idée, s’est illustré en parcourant les États-Unis à bord du bus Further, prodiguant l’anticonformisme en compagnie de ses acolytes hippies des Merry Pranksters. Quelques années plus tard, par une cruelle ironie du sort, c’est lors d’un accident de bus que son fils Jed perd la vie. Après l’enterrement dans la ferme familiale, Ken adresse une lettre poignante à ses amis. Derrière la douleur pointent la générosité 
et la grâce.

Boris

by Guillaume Chauvin · illustrations: Dmitri Donskoï

L’œil mécanique de Dmitri Donskoï a saisi pendant des années les moindres faits et gestes du représentant du plus grand pays du monde, récemment engagé dans l’écriture d’une nouvelle page de son histoire. Photographe officiel de Boris Eltsine, premier dirigeant russe de l’ère postsoviétique, par son regard à la fois empathique et libre, il n’a cessé de tendre vers ce point d’équilibre qui scelle la rencontre entre communication politique officielle et approche plasticienne. 
Portrait du portraitiste.

Ceci est un complot

by Mordecai Richler · illustrations: Seetal Solanki

Sans dissimulation il n’est de société possible, si ce n’est tyrannique. Pour autant doit-on présager que le monde n’est régi que par le secret, le mensonge et la manipulation ? Pris de fièvres conspirationnistes et de délires interprétatifs, de dangereux paranoïaques, analystes clownesques ou autres mystiques en sont persuadés. L’imaginaire du complot revient comme un leitmotiv dans la culture nord-américaine. “Soyons lucides, la vérité est ailleurs” profèrent ces prescripteurs.

De l’intelligence du dément

by Günter Wallraff · illustrations: Yann Martinez

Le poète Horace observait déjà qu’à se retrouver “parmi les fous, on craint d’être fou”. Aujourd’hui, certaines structures de soins, véritables fabriques d’aliénés, apparaissent comme le plus court chemin vers la folie. Après un séjour en hôpital psychiatrique à la fin des années 1960, Günter Wallraff attirait l’attention de ses contemporains sur le sort que réservait l’institution à ses patients. Alerté récemment par le témoignage d’un “malade”, il constate que rien n’a changé. La médecine psychiatrique marcherait-elle sur la tête ?

Risotto patriotique

by Carlo Emilio Gadda · illustrations: Amélie Fontaine

Repas d'ordinaire entre amis où l'on mange et bois avec excès. Menu de saison : automne.

Sinatra a un rhume

by Gay Talese · illustrations: Camille Lavaud

Au cours de l’hiver 1965, la rédaction du magazine Esquire demande à Gay Talese de réaliser un papier sur Frank Sinatra. Mais l’immense star, qui approche de la cinquantaine, ne semble guère disposée à répondre à la moindre interview. Pour autant, le journaliste ne se décourage pas et, redoublant de créativité, s’entretient avec l’entourage du chanteur qu’il se contente d’observer à distance. Le résultat est probant : l’article devient l’un des plus célèbres jamais publiés. Le “New Journalism” est né.

Touche pas à ma ville

by Dennis Lehane · illustrations: Guy Shield

Enfant de Boston, la capitale du Massachussetts dont il a fait le cadre récurrent de la plupart de ses romans, Dennis Lehane a été profondément ému en apprenant qu’un terrible attentat avait frappé sa ville, en avril dernier, à l’occasion du marathon annuel. Au volant de sa voiture, il a alors parcouru la ville, observant la réaction de ses concitoyens. Face à de tels actes, l’écrivain redoute une réponse inappropriée de la population. Car au bord de l’abîme la peur menace. À ses côtés sommeille la barbarie.

Lettres d’Oslo

by Julia Gronnevet · illustrations: Raphaëlle Hayot

Le 22 juillet 2011, furent perpétrées les plus graves attaques contre la Norvège depuis la Seconde Guerre mondiale. L’auteur des attentats, Anders Behring Breivik, âgé de trente-deux ans à l’époque des faits, revendiqua l’explosion d’une bombe dans le quartier gouvernemental d’Oslo ainsi que la fusillade survenue deux heures après sur l’île d’Utøya. Au total, soixante-dix-sept victimes furent dénombrées. Un an plus tard, lors du procès, le pays part en quête de sens pour conjurer l’effroi. Et s’interroge.

Sir Quentin Blake, l’illustrateur-frontière

by Jean Harambat · illustrations: Jean Harambat

Quentin Blake comprend mieux que personne les termes du dialogue ininterrompu qu’entretiennent les histoires et les images, les mots et les dessins. La vitalité et l’expressivité du coup de crayon du célèbre illustrateur britannique n’en finit pas de séduire. Continuant de faire des émules de part et d’autre de la Manche, il compte parmi ses admirateurs, des auteurs de bandes dessinées tels Joan Sfar ou encore 
Jean Harambat. Ce dernier est allé rendre visite au sir anglais, dans sa résidence française. Portrait.

Free as a Bird

by Alizé Meurisse

L’artiste jouit d’une reconnaissance telle que faire étalage de sa créativité et de son talent est en passe de devenir une véritable injonction sociale. Du bidonville au grand magasin, n’ayez crainte, on vous en fait la promesse : “Ici c’est art à tous les étages !” L’art, certes, c’est du temps, mais c’est avant tout de l’argent ! Kafka qui, déjà, pressentait la dérive à venir, rappelait que l’artiste “n’est pas un géant, mais un oiseau plus ou moins multicolore dans la cage de son existence”.

Qui a tué Gérard Lebovici ? 1/4 (Papiers collés)

by Gérard Berréby, Adrien Bosc

Hiver 1984, le corps de Gérard Lebovici, producteur, éditeur et proche de Guy Debord, est retrouvé criblé de balles dans un parking souterrain, avenue Foch. La mise en scène, digne d’un roman noir, alimente la chronique, la victime nourrit le fantasme et les spéculations 
sur le mystère qui entoure l’assassinat vont bon train. Un nouveau regard sur l’affaire et sur le traitement médiatique qui lui fut réservé. Premier volet d’une enquête-feuilleton 
en quatre épisodes.