Rouyn- Noranda : les marges

Acousmatique

par David Turgeon

Un prof de sociologie termine son cours en écrivant un devoir sur le tableau noir. Les étudiant·es prennent note et quittent la classe. Le prof se prépare à nettoyer son tableau, car le prochain groupe doit ar- river d’une minute à l’autre. Puis il se ravise. Au lieu d’effacer le devoir, il l’encadre à la craie et il y ajoute une indication factice: «p. 43». La classe suivante entre, s’installe; le prof, tout de go, annonce que le texte qui se trouve sur le tableau est un poème religieux, et demande à la classe d’en donner une interprétation. Quelques interventions plus tard, le groupe a proposé des hypothèses de lecture plausibles et cohérentes de cet étrange poème.

Le dernier des loups

par Robert Hébert

Carte blanche

Les paradoxes du décentrement

Arrivée en pleine tempête de neige d’une Communauto remplie d’intellectuel·les montréalais·es essayant de se décentrer, après une traversée périlleuse de la réserve faunique La Vérendrye, et qui cherchent partout le poète dans son pickup pour lui remettre un prix.

Occuper une marge dans la marge

par Gabrielle Izaguirré-Falardeau

Résistances féministes en milieu extractiviste

Jardiner dans la dompe et autres lubies de colons

par Dalie Giroux, Marie-Hélène Massy Emond

Cet échange de lettres fait partie d’un réseau de conversations initiées par la musicienne et artiste sonore Marie-Hélène Massy Emond dans le cadre du projet intitulé This Train (2023-). Il s’agit d’un balado qui explore à partir du témoignage la réalité économique et sociale de ce qu’on appelle les «régions ressources», en prenant pour sujet principal la situation des travailleurs et des travailleuses de l’usine de Témiscaming.

Résidences vernaculaires

par Dominique Allard

L’Annexe-A et Between Pheasants Contemporary

Vivre décalé

par Katrie Chagnon

«Il y a plusieurs fissures dans le solage, that’s a shame.» Cette phrase ironique est le titre d’une vidéo de l’artiste rouynorandien Marc-Olivier Hamelin, réalisée en 20211 , dont la narration fragmentaire a été rema- niée et soigneusement éditée pour devenir un livre aux Éditions du Quartz. Réintitulé Cette grille dans laquelle je me trouve, ce récit situe d’emblée l’expérience de la création entre deux motifs d’instabilité qui mettent en œuvre une forme de négativité queer – une sorte de «penser-écrire-désirer croche local» dans l’esprit de Dalie Giroux2–, soit: l’impossibilité de s’installer au sein d’un mode de vie régional hétéronormatif, incarné par une maison de campagne moche aux fondations fissurées et au toit qui fuit, dont l’achat impulsif avec son amoureux de l’époque a marqué son retour en Abitibi-Témiscamingue après dix ans passés à Montréal; et le refus de staller, ce qui l’amène à multiplier les déplacements, sans raison précise, motivé avant tout par «un désir puissant de sacrer [son] camp».

Geneviève Matthieu

par Ji-Yoon Han

Que peut signifier l’affirmation concomitante d’une présence et d’une absence, lorsqu’on crée depuis une ville moyenne d’Amérique du Nord à plus de 500 kilomètres des centres urbains, au cœur de l’exploitation minière et forestière qui s’est arrogé un territoire ancestral de cultures millénaires au nom du capital? Pas nécessairement une fuite. Un moteur de survie qui carbure au déplacement, assurément. Être ici. Ou pas. Être là. Depuis bientôt trente ans, Geneviève Matthieu2 cultive sans relâche l’errance troubadour, le vertige du voyage et du déracinement, l’ivresse et l’inconfort de la tournée, la quête de la résidence, l’ennui du domicile et la pulsion de (re)partir. Cela vous forme et vous forge une pratique – artistique, physique et mentale. Parcourir le territoire, rouler le jour et la nuit, surmonter l’isolement de toutes ses forces et engloutir des distances que d’aucuns jugeraient impossibles. Au-delà de l’évidente nécessité de la circulation pour l’artiste vivant en région, cet art du départ et de la traver- sée chez Geneviève Matthieu est, en même temps, tout entier magnétisé par un pôle riche de liens fertiles et de racines profondes, de communautés avec qui bâtir un avenir malgré tout, d’histoires et de ciels qui n’ont pas de fin. Ce pôle qui continuellement nourrit l’artiste et l’appelle, l’«ici» qui demeure un point de référence spatial même lorsqu’elle n’y est pas, c’est Rouyn-Noranda.

voir également

Inter Ouïr : performances et installations sonores · jean-pierre gauthier · julien champagne · jerry hunt
#147
2026-04
6 €