Claude Adélaïde Briémond

Résidence

par Georges-Olivier Châteaureynaud

Certains aiment une ville comme ils aimeraient une personne. Cette propension si répandue parmi mes confrères m’est étrangère. Souvent, j’en entends professer leur amour pour Venise ou pour New-York, ou pour des cités moins connues, voire d’insignifiantes agglomérations… Voilà un mot qui chasse toute magie. À mes yeux les villes ne sont jamais que des «agglomérations», des agglomérats, des entassements de pierres, de marbre, plus souvent de parpaings, de briques, de plâtre et de béton, de tuiles, d’ardoises, de plaques de zinc ou de tôles ondulées, et franchement, il n’y a rien là qui m’émeuve. Toutes les villes m’indiffèrent.

G.O. Châteaureynaud : surnaturel et réalité

par Alain Kewes

G.O. Châteaureynaud le déclare, l’assume sans fausse modestie mais sans plus d’orgueil : il s’inscrit dans la filiation de Balzac et de Zola. S’il peut le dire de la sorte, c’est que la chose va de soi, surtout pour qui a lu l’Autre rive, un roman de plus de 650 pages paru en août dernier, chez Grasset.

Châteaureynaud entre brume et marbre

par Hubert Haddad

La question de la réalité n’échappe ni aux mythes ni aux symboles agissants de la morale, vieux lambris de la psyché, car elle s’origine dans la mémoire tronquée de l’enfance, avec toutes les extases et diableries attachées à celle-ci. Pour l’écrivain confronté aux interdits comme aux écarts du sens, elle ne se pose vraiment que dans la blessure de l’immaturité, cette béance sur l’informe, l’inaccompli, le toujours inavoué.

Dialogue avec G.O.Châteaureynaud

par Alain Kewes

Cet entretien s’est tenu en public le mardi 11 décembre à la librairie Apostrophes de Chaumont (Haute-Marne) où Georges-Olivier Châteaureynaud était invité par la Médiathèque des Silos et son conservateur Joël Moris, à parler de L’autre rive, roman paru chez Grasset en aout 2007.

Le jour où le ciel a disparu

par Michel Lambert

De loin en loin j'avais eu de ses nouvelles. Elle allait mieux, s'était mariée avec un garçon plein d'avenir, ils avaient eu un enfant, s'étaient établis dans une autre ville, puis un jour, à la surprise générale, elle était revenue, seule et mal en point. On l'avait hospitalisée à nouveau, elle était repartie, revenue, repartie - revenue s'installer à la Citadelle, notre ancien quartier, dans un petit appartement à deux pas de chez sa mère.

Une belle table pour le dîner

par Hélène Duffau

Chantal Houillès avait préparé une belle table pour le dîner. Inviter des gens à manger la mettait à la fête. Dresser une belle table la réjouissait. Elle avait sorti une nappe délicatement fleurie aux tons doux : mauve, bleu lavande, orangé, vert. Elle avait posé deux assiettes jaune vif sur la nappe. Le contraste lui plaisait bien. Elle avait mis les couverts de chaque côté des assiettes, fourchettes à gauche, couteaux à droite, comme lui avait si souvent répété sa mère tout au long de ses années de dyslexie.

Blancs

par Carole Thourigny

L’enfant est malade. Cela fait plusieurs semaines. La mère est effondrée. Depuis qu’elle a cessé de peindre, l’enfant est la seule chose qui lui reste. L’enfant est venu tôt, par accident. Le père n’en voulait pas. Il est parti. La mère peignait beaucoup au moment où l’enfant s’est annoncé. Après elle s’est occupée de lui. Elle a remisé son matériel et elle s’est occupée de l’enfant. Elle a eu des regrets, de l’amertume, elle en a voulu à l’enfant, elle a souhaité revenir en arrière, changer le cours des choses.

Fly Mamadou

par Marc Villard

Mamadou, dix-sept ans, pénètre sur le tarmac de Brazzaville à 20h50. Le vol AF 832 d’Air France s’apprête à décoller. Francis lui fait signe près de la piste. En quelques sauts silencieux, le garçon rejoint son ami dans la nuit tombante.

Dialogue avec Marc Villard

par Claire Julier

Depuis quelque temps, la nouvelle semble être à nouveau « lue » en France et si l’on interroge le lecteur, il cite – à part Maupassant qui revient comme la référence absolue – des écrivains contemporains. À quoi attribuez-vous cette re-connaissance ?

Ramon, période sombre

par Jacques Jouet

Tout n’allait pas si mal pour Ramon, à Paris, Paris qui consommait ses peintres et n’en avait jamais trop. D’ailleurs, on y vivait chichement, en 1937, quand on était artiste, même en vogue, et si les lendemains n’étaient pas sûrs, ils l’étaient toujours plus que vingt ans plus tôt dans la boue de Champagne. Les journées passaient vite ; les soirées s’étiraient à force de colloques passionnés.

L’oeuvre ronde, essai sur Jacques Jouet de Marc Lapprand

par Martine Delort

Pour faire connaissance avec Jacques Jouet, avec l’oeuvre et avec l’homme, rien ne vaut le livre passionnant que Marc Lapprand vient de lui consacrer L’oeuvre ronde, Essai sur Jacques Jouet, suivi d’un entretien avec l’auteur. Il s’y révèle un introducteur hors pair pour pénétrer un univers littéraire qui, souvent, intimide. Jacques Jouet n’est pas un écrivain difficile à lire et pourtant on aborde son oeuvre avec une sorte de réticence comme si elle allait se refuser. Rien en lui ne semble facile.

Le dernier strip-tease suivi de La Charmeuse d’Alforville

par Alain Mercier

Qu’il faisait froid ce soir-là dans le quartier des noctambules ! En vain les amiraux battaient-ils la semelle devant l’entrée des bars et cabarets aux enseignes de néon annonçant en lettres rondes : NU INTÉGRAL À TOUTE HEURE. Ces portiers en casquettes remontaient leurs capotes bleu-marine jusqu’aux oreilles, leurs épaulettes et brandebourgs se constellant de neige fine, mais ils persévéraient à s’égosiller jusqu’à l’enrouement.

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